Quatre ans après le grand feu d'Aumelas, les stigmates sont toujours visibles, mais la végétation repart. Pourtant, les spécialistes de l'Office national des forêts (ONF) alertent : le réchauffement climatique modifie déjà le visage de la forêt méditerranéenne. Canicules plus précoces, risque d'incendie accru, remplacement de certaines essences par d'autres… Les effets sont multiples.
Des canicules de plus en plus précoces
Fin juin 2019, la canicule avait battu tous les records dans l'Hérault, avec 46 °C à l'ombre à Vérargues, près de Lunel-Viel. « Les feuilles des jeunes pousses de l'année avaient brûlé. C'était une chose que l'on n'avait jamais vue », se souvient Fabien Brochierro, responsable du Pôle DFCI (30/34/48) à l'ONF. Lors du dernier épisode de fortes chaleurs, du 21 au 30 mai 2026, les inquiétudes ont été vives pour la végétation, en particulier dans les secteurs ayant subi des incendies, comme à Aumelas. « Plus les canicules seront précoces, plus l'impact sur la végétation sera fort », analyse-t-il.
1 000 hectares de garrigue brûlés en 2022
En 2022, un incendie a ravagé 1 000 hectares de garrigue entre Gignac, Saint-Bauzille-de-la-Sylve, Aumelas et Saint-Paul-et-Valmalle. Il s'agit du plus gros incendie survenu dans l'Hérault depuis 15 ans. Après un tel désastre, la résilience de la forêt dépend fortement des conditions climatiques. « Pendant deux ou trois ans après le feu, la capacité de reprise de la végétation est très liée aux conditions météo, qui favorisent ou contrarient la réinstallation de la végétation d'origine », explique Fabien Brochierro. La qualité du sol joue également un rôle déterminant.
Des essences vouées à disparaître
Alors que la dégradation du climat local vers un climat semi-aride n'est plus qu'une question de temps, le constat est déjà clair : la végétation souffre. « Pendant les canicules, les petits semis ont tendance à brûler. Par endroits, des essences vont disparaître. D'autres seront favorisées », prévient le spécialiste. Le pin d'Alep, qui était en limite nord de répartition dans la région, se sent de plus en plus à l'aise. Avec l'augmentation des températures, le risque d'incendie est également accru.
Favoriser la diversité végétale
La diversité des espèces est un gage de survie pour la forêt, car chaque essence a sa propre stratégie face au feu. La forêt mosaïque est plus résiliente. Favoriser la diversité végétale fait partie de la doctrine de l'ONF. Mais aujourd'hui, « on ne replante plus comme avant, nous n'en avons plus les moyens et cela n'est pas toujours efficace. Les plantes et les arbres qui repoussent naturellement ont beaucoup plus de chances de survie. Le reboisement, qui était largement répandu, est aujourd'hui une exception. »
Acculturer la population au risque incendie
Plus que jamais, un travail de fond est nécessaire pour acculturer la population au risque incendie. « Plus de 90 % des feux sont d'origine humaine. On peut vraiment travailler là-dessus », insiste Fabien Brochierro. La prévention reste le meilleur moyen de protéger la forêt.



