Fausses images de gendarmes générées par IA : une tendance inquiétante sur les réseaux sociaux
Fausses images de gendarmes générées par IA : une tendance inquiétante

Il existe aujourd'hui tout un tas de modèles d'IA permettant de générer des images ou des vidéos particulièrement réalistes. Des modèles accessibles au grand public avec un nombre variable de crédits gratuits quotidiens. Du coup, les réseaux regorgent de contenus générés grâce à l'IA souvent anodins… mais parfois problématiques. Sur différentes plateformes, 20 Minutes a débusqué une tendance visant à usurper l'image de la police ou de la gendarmerie pour faire du clic, diffuser des fake news ou même vendre des produits.

Un fait divers suspect

En scrollant sur les réseaux sociaux, nous sommes tombés sur un fait divers tellement surprenant qu'il en est immédiatement devenu suspect à nos yeux. Une page Facebook relayait l'histoire d'une jeune influenceuse interceptée par les gendarmes alors qu'elle conduisait sa voiture de sport en même temps qu'elle assurait un live sur TikTok. Le rédacteur du post affirmait que les militaires avaient suivi le live de la jeune femme pour pouvoir la localiser et l'interpeller, photo à l'appui. Et si la fameuse photo était particulièrement bien faite, d'infimes détails permettaient de déduire qu'il s'agissait d'une image générée par une IA.

Une forte proportion de pure invention

Contactée par 20 Minutes, la gendarmerie a confirmé, après quelques recherches, qu'il s'agissait d'une fausse photo. Pire : l'histoire était inventée de toutes pièces. Une rapide recherche inversée de l'image a permis à 20 Minutes de la retrouver sur de nombreuses autres pages Facebook ainsi que sur d'autres réseaux, comme X ou Instagram. Et tous ces comptes, qui cumulent chacun des dizaines de milliers de followers, étaient à l'image du premier : bourrés de photos mettant en scène des gendarmes et racontant de prétendus faits divers aussi improbables les uns que les autres.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Selon la gendarmerie, « les faits qui sont mis en avant sont parfois inspirés de faits réels, mais ils relèvent dans une forte proportion de la pure invention ». Le « plus embêtant » pour les gendarmes, c'est que certains médias plus sérieux « reprennent ces contenus sans vérifier la véracité des informations ». Dans les commentaires sous ces publications, l'énorme majorité des internautes ne voit pas la supercherie et partage, augmentant de fait la viralité de ces fake news.

Des copier-coller d'autres pages

Le seul gestionnaire de l'une de ces pages qui a accepté de répondre à 20 Minutes n'a pas expliqué ses motivations. Sur l'origine de ses informations, il a reconnu faire « des copier-coller d'autres pages Facebook » sans se soucier de vérifier la véracité des faits.

Auprès de 20 Minutes, une source au sein des forces de l'ordre qui préfère rester anonyme explique qu'il n'est pas matériellement possible de traiter tous les sites diffusant ce type de contenu. « On entrera en scène si on détecte que quelque chose est susceptible d'avoir une viralité au point d'être accrédité par des médias classiques alors que c'est faux », reconnaît cette source. L'intervention peut aller du simple recadrage des diffuseurs, pour corriger les fausses informations, à la qualification pénale pour des infractions jugées plus graves.

Faux policiers français et vraies dashcams chinoises

L'image des forces de l'ordre peut aussi être usurpée pour gagner de l'argent. Sur TikTok par exemple, un compte suivi par plus de 11.000 personnes diffuse des vidéos générées par IA mettant en scène des gendarmes ou policiers français vantant les avantages des dashcams. Beaucoup de ces vidéos cumulent des centaines de milliers de vues, voire plusieurs millions pour certaines. L'accroche est toujours la même, jouant sur la peur : « Pas de dashcam, méfiez-vous ! Car en cas d'arnaque à l'assurance, impossible de fournir la moindre preuve ». Comme par enchantement, un petit bouton en forme de caddie vous emmène directement vers la boutique TikTok shop Techoro, de la société Shenzhen Daoxiansen technology Co ltd, basée à Shenzhen, en Chine. Elle vend justement des dashcams.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Notre dossier sur les réseaux sociaux. Selon nos informations, la société existe bel et bien : elle s'est enregistrée au registre du commerce chinois en mars 2025. Ses produits se vendent comme des petits pains - plusieurs milliers d'exemplaires de chaque modèle rien que sur le shop de TikTok. À quel point ce genre de pratique est préjudiciable pour l'image des forces de l'ordre ? Sur ce point spécifique, ni la police ni la gendarmerie n'ont répondu aux sollicitations de 20 Minutes.