Canicule : l'angoisse de devenir un jour des réfugiés climatiques
Canicule : l'angoisse des réfugiés climatiques

Alors que la France subit une nouvelle canicule, une enquête révèle que 62% des Français craignent de devenir un jour des « réfugiés climatiques », contraints de quitter leur région ou leur pays en raison du réchauffement climatique. Ce chiffre, issu d'un sondage Odoxa pour Libération, témoigne d'une angoisse grandissante face aux événements météorologiques extrêmes.

Une peur ancrée dans les régions les plus exposées

L'étude, réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 1 005 personnes, montre que cette inquiétude est particulièrement marquée dans le sud de la France. En Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur, 74% des habitants redoutent un exode climatique, contre 56% dans le nord du pays. « Les gens voient les incendies, les sécheresses, et ils se disent que cela pourrait les toucher directement », explique Gaël Sliman, président d'Odoxa.

La crainte est aussi forte chez les jeunes : 71% des 18-34 ans se disent préoccupés, contre 48% des plus de 65 ans. Un écart générationnel qui reflète une sensibilité accrue aux enjeux climatiques chez les nouvelles générations.

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Le changement climatique, source d'anxiété quotidienne

Pour 38% des sondés, le réchauffement climatique est déjà une source d'angoisse au quotidien. Ce sentiment est plus présent chez les femmes (44%) que chez les hommes (32%). Les épisodes de canicule, comme celui qui frappe actuellement le pays, renforcent ce malaise. « Quand il fait 40 degrés, on se demande comment on va vivre dans vingt ans », confie une habitante de Nîmes, interrogée par nos confrères.

L'enquête souligne également que 55% des Français estiment que les pouvoirs publics ne prennent pas suffisamment au sérieux le risque de déplacements de population liés au climat. Un sentiment de délaissement qui alimente l'inquiétude.

Un concept encore flou mais une réalité qui s'impose

Le terme « réfugié climatique » n'a pas de reconnaissance juridique en droit international, mais la réalité des déplacements forcés liés à l'environnement est déjà tangible. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), chaque année, 20 millions de personnes dans le monde sont contraintes de quitter leur domicile à cause d'événements climatiques extrêmes. En France, les feux de forêt de l'été 2022 ont déjà provoqué des évacuations massives, rappelant que le phénomène n'est plus une hypothèse lointaine.

« On parle beaucoup des migrations climatiques dans les pays du Sud, mais on commence à réaliser que cela peut aussi nous arriver », commente François Gemenne, chercheur spécialiste des migrations environnementales. Il souligne que la France, avec ses côtes menacées par la montée des eaux et ses zones intérieures sujettes à la sécheresse, n'est pas épargnée.

Des solutions attendues

Face à cette angoisse, les Français appellent à des mesures concrètes. 72% jugent nécessaire d'adapter les logements aux fortes chaleurs, et 68% réclament un plan national pour protéger les populations vulnérables. « Il faut anticiper, pas seulement subir », insiste Sliman.

Le gouvernement, de son côté, a lancé un plan d'adaptation au changement climatique, mais les associations estiment que les moyens sont insuffisants. « On continue à construire dans des zones inondables, à ne pas isoler les bâtiments... Il y a un décalage entre les discours et les actes », déplore Anne Bringault, du Réseau Action Climat.

Alors que le mercure grimpe, cette enquête met en lumière une peur diffuse mais bien réelle : celle de voir son chez-soi devenir invivable, et de devoir, un jour, partir.

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