Grand Prix de France au Castelet : 102,9 millions d'euros publics sans retombées
Grand Prix de France : 102,9 M€ publics sans retombées

Un déficit de 35,6 millions d'euros pour quatre éditions

La chambre régionale des comptes a rendu un rapport « particulièrement sévère » sur les quatre éditions du Grand Prix de France de Formule 1 organisées au Castelet entre 2018 et 2022. Le déficit total s'élève à 35 656 290 euros, selon l'audit. Présenté par Éric Ciotti en conseil métropolitain le 22 juin 2026, ce document pointe des irrégularités dans la gestion des deniers publics. « Plus de 102 millions d’euros d’argent public mobilisés sans retombées », a déploré le président de la Métropole Nice Côte d'Azur, qui refuse d'assumer le coût restant. « La collectivité doit encore verser 1,2 million d’euros » pour apurer ce passif, a-t-il indiqué.

Un contrat inégal avec Formula One Management

Le groupement d'intérêt public (GIP) réunissant six collectivités et deux chambres de commerce, porté par la Région Sud et la Métropole niçoise, était lié à Formula One Management (FOM) par un contrat déséquilibré. FOM s'est accaparé l'essentiel des recettes : droits de retransmission, publicité mondiale, commercialisation de 5 000 tickets d'accès aux paddocks, et même une redevance de 50 000 euros pour l'installation de buvettes. En quatre éditions, FOM a empoché près de 76,5 millions d'euros de redevances. Par ailleurs, la société propriétaire du circuit Paul-Ricard facturait plus d'un million d'euros par an pour la mise à disposition des infrastructures.

Une fréquentation insuffisante pour équilibrer les comptes

Si la fréquentation a été au rendez-vous en 2018 avec 65 132 billets vendus, les recettes de billetterie étaient insuffisantes sans contribution de l'État. La crise du Covid a aggravé la situation : les recettes sont tombées à 3,6 millions d'euros en 2021, soit près de cinq fois moins qu'en 2018. Selon Philippe Pradal, conseiller métropolitain d'opposition et ancien adjoint aux finances de Christian Estrosi, « sans contribution de l’État, ces recettes étaient insuffisantes pour équilibrer le budget ».

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Une gouvernance opaque et des dérives financières

Le conseil d'administration du Grand Prix de France n'a jamais tiré la sonnette d'alarme, entérinant les déficits cumulés. La chambre régionale des comptes note que « les administrateurs n’ont pas bénéficié d’une homogénéité des méthodes permettant d’appréhender les éléments financiers ». Les budgets étaient présentés à l'équilibre, alors que dès 2019, il était clair que les ressources étaient insuffisantes. Les charges étaient « régulièrement sous-estimées » et les recettes prévisionnelles « surestimées ».

Salaires et frais excessifs

Des dérives ont été constatées dans les frais de direction. Le directeur des opérations a engagé des dépenses cumulées de 105 370 euros entre 2020 et 2022, bien qu'il n'ait pas droit à une carte bancaire. Le directeur général s'est fait rembourser ses frais d'acheminement depuis son domicile anglais, son hébergement à Paris, quatre allers-retours mensuels en avion et des frais de taxi. Les salaires ont grimpé malgré le déficit : le cumul des dix rémunérations les plus élevées est passé de 800 000 euros en 2019 à 1,3 million d'euros en 2022. Les sept rémunérations les plus élevées ont consommé plus d'un million d'euros en 2021 et 2022.

Une étude à 550 000 dollars sans information du conseil

Le GIP a engagé 550 000 dollars pour une étude sur le rapatriement du Grand Prix à Nice, sans en informer son conseil d'administration. Christian Estrosi a précisé par écrit que cette étude n'avait pas été réalisée à sa demande, mais que la dépense a finalement été prise en charge par la Métropole Nice Côte d'Azur et imputée dans le cadre de son exercice budgétaire 2025.

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Dix marchés publics passés sans publicité ni mise en concurrence

La chambre régionale des comptes relève que dix marchés, portant notamment sur des prestations de services juridiques et de conseils sportifs, ont été passés sans publicité ni mise en concurrence. Par exemple, en 2020, un contrat pour 14 engins de levage a été attribué sans réelle concurrence, pour 53 975 euros HT, alors que le paiement devait être effectué en billets VIP et places de parking. Ces irrégularités pourraient intéresser l'enquête pénale en cours pour des soupçons de « favoritisme » et « détournement de fonds publics ».