Canicule historique en mai : jusqu'à 35°C attendus lundi
Canicule historique en mai : jusqu'à 35°C lundi

Matthieu Sorel, climatologue à Météo France, soupire : « Je me fais la remarque chaque année, j’ai l’impression d’utiliser le terme historique à chaque événement chaud. J’essaie de trouver d’autres qualificatifs, mais je n’en ai pas ! L’exceptionnel devient de plus en plus habituel. » De fait, la France s’apprête à vivre un nouvel « épisode de chaleur exceptionnel voire potentiellement historique », prévient-il.

Des températures inédites pour un mois de mai

Autour, voire plus, de 30 °C de la Bretagne au Poitou-Charentes en passant par Paris, plus de 35 °C localement dans le Sud-Ouest… Des températures inédites pour un mois de mai sont prévues dès ce vendredi puis en début de semaine prochaine sur certaines régions du pays. Cette chaleur va progressivement s’étendre et s’intensifier tout au long de ce long week-end de la Pentecôte, avec un pic prévu lundi.

« Des records sont attendus dès ce vendredi dans le Centre-Ouest, et surtout la semaine prochaine avec, plus globalement, des valeurs très élevées sur la grande partie du pays », avance Matthieu Sorel. La nuit, le thermomètre passera tout juste sous le seuil de 20 °C dans les grandes villes, en raison de l’effet d’îlot de chaleur urbain : les sols en bitume et les bâtiments restituent en fin de journée ce qu’ils ont emmagasiné durant les heures précédentes.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un blocage en oméga

Cet épisode est provoqué par une configuration météo assez « classique », à savoir une masse d’air chaud qui remonte d’Afrique, en passant par l’Espagne. Celle-ci se retrouve bloquée au niveau de la France, d’où l’expression « blocage en oméga » correspondant à la lettre grecque circulaire. « Deux effets vont se cumuler : d’une part, des remontées d’air chaud ; et d’autre part, ce couvercle anticyclonique qui va emprisonner cet air chaud », avance Cyrille Duchesne, chef du service météo à La Chaîne Météo.

Si un tel « dôme de chaleur » n’a rien d’exceptionnel, les températures attendues le seront, en raison du réchauffement climatique qui « booste » la chaleur. Les écarts aux normales de saison pour cette période de l’année devraient ainsi atteindre + 10 voire + 12 °C.

Un événement de plus en plus fréquent

Dépasser 30 °C voire 35 °C avec une chaleur généralisée à tout le pays durant une deuxième moitié de mois de mai est déjà arrivé par le passé, notamment à trois reprises au XXe siècle (1947, 1953 et 1992). « Si le jour de mai le plus chaud a été le 30 mai 2025, l’épisode le plus chaud pour une période allant du 21 au 24 mai remonte à 1953, retrace Guillaume Séchet, fondateur du site et de l’application Météo-villes. Il est possible que 2026 batte ce record. »

Surtout, ce sera déjà la quatrième fois au XXIe siècle que la fin mai est étouffante, après 2005, 2017 et 2022. « Cette multiplication des épisodes est un vrai marqueur du changement climatique, insiste Matthieu Sorel. On l’attendait, et cela se vérifie désormais. » « Si l’on regarde ce qui s’est passé depuis le début des années 2000, en général, on a davantage des pics de chaleur qui durent une journée ou deux », complète Cyrille Duchesne.

La chaleur après la fraîcheur

Un autre facteur, spécifique à cette année, rend cet épisode intense et durable si marquant. La France sort d’une semaine avec des températures fraîches, sous les normales de saison. Le contraste s’annonce ainsi saisissant ! « Le premier épisode de chaleur durant l’année nous surprend toujours car cela fait plusieurs mois que l’on n’a pas eu chaud, mais ce sera plus que d’habitude cette fois car on sort d’une période maussade et fraîche », pointe Matthieu Sorel.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Mais gare aux interprétations : quand il fait froid, l’écart de température avec la moyenne pour cette période de l’année est beaucoup plus petit que celui quand il fait chaud. Le mercure à l’échelle du pays était 4 °C sous cette « normale » lors du Pont de l’Ascension, tandis qu’il sera 7 °C au-dessus lundi. « On a un yo-yo au niveau des températures et des précipitations, c’est une caractéristique habituelle du printemps. Mais cette année, c’est exacerbé et ces épisodes sont assez brutaux », insiste Cyrille Duchesne. De quoi laisser présager un été forcément caniculaire ? Impossible à prédire, car la météo des prochains jours n’a aucun lien avec celle des prochains mois.