Alsace et Lot-et-Garonne : la cigogne blanche pourrait bientôt nicher dans le Sud-Ouest
Cigogne blanche : bientôt des nids dans le Lot-et-Garonne ?

Les cigognes blanches de plus en plus présentes dans le Lot-et-Garonne

Les rencontres avec ce migrateur se multiplient dans un département où elles ne sont, en général, que de passage. Et s'il n'y a toujours pas de lieux de nidification identifiés, cela pourrait changer… Les liens qui unissent l'Alsace et le Lot-et-Garonne vont au-delà des blessures de la Seconde Guerre mondiale. La cigogne, oiseau emblématique de la région Grand Est, est de ces représentants qui viennent montrer le bout de leurs ailes à la faveur de leur migration hivernale et de leur retour printanier.

« C'est normal, tempère de suite Michel Hoare, membre de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de Lot-et-Garonne. Elles reviennent de leurs sites de nidification plus au sud, là où il y avait de la nourriture. » Ces insectivores, qui ne font pas la fine bouche en lorgnant du côté du régime omnivore, se repaissent autant dans les champs fraîchement labourés qu'aux abords des lieux où l'activité humaine leur laisse quelques reliefs.

Des haltes migratoires de plus en plus fréquentes

L'hiver dernier, c'est dans la campagne duraquoise qu'une volée de 250 individus avait fait une halte, provoquant une belle frayeur à l'ouvrier agricole à l'œuvre. « Ce sont des arrêts casse-croûte, définit ainsi Thierry Zanardo, responsable de la Société lot-et-garonnaise des amis des oiseaux. Moi-même, au Lédat, j'en ai encore vu deux ou trois dans les champs. » Ces derniers jours, trois cigognes blanches ont été repérées à Monbahus, une autre du côté de la vallée de La Sauvetat-de-Savères, d'autres sur les hauteurs d'Aiguillon ou encore une « quinzaine à Lafitte-sur-Lot ».

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Ces observations saisonnières restent des témoignages qui font fureur dans les groupes d'ornithologues amateurs qui ne se lassent pas de décrire leurs rencontres avec l'échassier. Car le Lot-et-Garonne, contrairement aux voisins de la façade atlantique, n'est pas identifié comme site de reproduction de l'espèce. Mais, petit à petit, elle finira bien par y faire son nid.

Le changement climatique accélère la sédentarisation

« C'est la tendance, reprend Michel Hoare, elles peuvent rester en France toute l'année. Ce n'est pas tant le froid qui les fait migrer, mais l'absence de nourriture. » Le changement climatique faisant office, ici, d'accélérateur dans ces nouvelles habitudes. Le déplacement des couloirs de migrations en est un des effets, la route océanique se déportant de plus en plus vers l'intérieur des terres.

Les décomptes vont dans le sens d'une sédentarisation en cours. Un document de la LPO fait ainsi état de « 815 couples nicheurs répartis dans quatre départements (Gironde, 395 ; Landes 368 ; Pyrénées-Atlantiques, 27 ; Dordogne, 25) ». Ils étaient, dans un précédent recensement de 2018 effectué par Faune Aquitaine, « 568 au minimum ». On parle ici des cigognes blanches, davantage habituées à la présence humaine, que de leurs cousines « noires », plus sauvages et recherchant la tranquillité des forêts pour se poser.

La SNCF anticipe l'installation des cigognes

Une tendance à l'installation qu'anticipe la SNCF… Oui, oui, l'entreprise ferroviaire est bel et bien concernée puisque les cigognes aiment à s'établir sur les infrastructures en hauteur de l'opérateur. Dans un document intitulé « Demande de dérogation pour le déplacement de nids de cigogne blanche présents sur le réseau ferroviaire en Nouvelle-Aquitaine », établi avec l'appui de la LPO, le Lot-et-Garonne fait bien partie des zones surveillées entre 2024 et 2028.

« Même si certains départements n'abritent pas actuellement l'espèce en période de reproduction, la demande de SNCF Réseau porte volontairement sur l'ensemble de la région, afin d'anticiper toute croissance de l'espèce, voire la colonisation de nouveaux départements en période de reproduction », peut-on y lire.

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Quels sites pourraient accueillir les nids ?

Alors, dans un proche avenir, quels sites du 47 pourraient les abriter ? « Peut-être du côté de la déchetterie de Monflanquin », lance, comme hypothèse, le référent LPO 47. D'autant que cette source de nourriture tend à se raréfier, l'enfouissement étant privilégié. Et la conséquence est immédiate, ou presque : « En Gironde, par exemple, dès que la déchetterie de Bizanos a fermé, les couples nicheurs ont déserté. »

L'exception : un couple nicheur privé

C'est un lieu que le responsable de la LPO 47 connaît, mais qu'il préfère garder secret. Car, en Lot-et-Garonne, il y a une exception à la règle. Le département accueille, en effet, un couple nicheur de cigognes blanches. Mais attention, ce ne sont pas des oiseaux sauvages, mais bel et bien « privés ». En effet, un passionné a acquis deux individus qui se reproduisent et voient, année après année, leurs petits – qui ont bien grandi – revenir dans ce coin de campagne à cheval entre le Lot-et-Garonne et la Dordogne.