Stratégie alimentation-climat : un texte frileux sur la viande et les renoncements dénoncés
Stratégie alimentation-climat : un texte frileux critiqué

Stratégie alimentation-climat : un texte frileux sur la viande et les renoncements dénoncés

Après plusieurs reports et plus de deux ans d'attente, le gouvernement a finalement publié ce mercredi 11 février 2026 la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (Snanc). Issue de la Convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience de 2021, cette feuille de route est censée guider l'action publique jusqu'en 2030 pour promouvoir une alimentation saine et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Pourtant, le document final laisse un goût d'inachevé. Les acteurs de la santé et de l'environnement le jugent timoré, pointant des avancées mitigées et de nombreux 'angles morts'. La publication, initialement prévue avant juillet 2023, a été source de vives controverses, notamment sur la formulation concernant la consommation de viande.

Des objectifs ambitieux mais des formulations frileuses

Le texte, publié conjointement par les ministères de l'Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé, énumère une vingtaine d'objectifs. Parmi eux : faciliter l'accès au suivi diététique par des professionnels de santé, lutter contre la sédentarité, et mobiliser toute la chaîne alimentaire pour réduire le gaspillage alimentaire de 50 % d'ici 2025 pour la restauration collective et la distribution, et d'ici 2030 pour les autres secteurs.

Sur le volet environnemental, la Snanc appelle à déployer un affichage environnemental volontaire encadré pour les produits alimentaires et à objectiver les critères environnementaux des labels privés, notamment pour contrer le greenwashing. L'un des objectifs phares est une 'évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du PNNS', prônant une augmentation de la consommation de fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes.

La sémantique de la viande : un enjeu politique majeur

Le point le plus controversé concerne la consommation de viande. Alors que l'alimentation représente près d'un quart de l'empreinte carbone des Français, dont 61 % provient des produits d'origine animale, la Snanc préconise une 'limitation' de la consommation de viande et de charcuterie, et non une 'réduction'. Ce choix sémantique est le fruit de négociations âpres entre les ministères.

Le terme 'réduction' figurait dans le projet initial, défendu par le ministère de la Transition écologique, mais a été remplacé par 'limitation', un vocabulaire plus couramment employé au ministère de l'Agriculture. En septembre, Matignon avait même bloqué la publication, souhaitant substituer l'idée par 'une consommation de viande équilibrée'. Les rédacteurs se sont ainsi disputés sur le terrain des mots, hésitant entre 'réduire', 'limiter' ou 'modérer'.

Les critiques de la société civile : courage et angles morts

'On est soulagés que cette stratégie soit sortie, on avait très peur qu'elle soit enterrée', a déclaré Stéphanie Pierre, chargée des questions de santé publique à France Assos Santé. 'Mais on attendait une stratégie beaucoup plus courageuse'. Elle évoque plusieurs 'renoncements', attribués à l'influence des lobbies agroalimentaires, et regrette l'absence de mesures fortes pour encadrer la publicité ciblant les mineurs.

Serge Hercberg, co-créateur du Nutri-Score, salue la publication mais déplore 'une frilosité et une timidité' sur des points clés. Il note l'absence d'avancées majeures pour réglementer la publicité alimentaire, notamment envers les enfants, et critique le report de décisions sur la réduction des aliments ultratransformés, malgré des justifications scientifiques.

Le ministère de l'Agriculture, réticent à cibler ces produits, a obtenu que le document appelle à plus d'études sans prendre de mesures dédiées. Le Réseau action climat (RAC) résume l'ambiance : le texte comporte 'beaucoup d'angles morts malgré certaines avancées', soulignant le caractère flou et peu chiffré des recommandations, en particulier sur la viande.