Anne Holmes, la directrice de la fiction et des programmes de France Télévisions, ne l’a jamais caché : elle souhaite renouer avec la tradition des sagas d’été, qui, dans les années 1990 et 2000, avaient ensoleillé les soirées et les audiences de la télévision. Après une première tentative en 2018 avec Noces Rouges et des résultats en demi-teinte (moins de trois millions de fidèles en moyenne), le groupe public puise donc une nouvelle fois à cette source fictionnelle pour proposer L’or bleu, disponible sur france.tv avant sa diffusion sur France 2 à partir du 20 mai.
Et c’est à Marie-Anne Le Pezennec, une spécialiste du genre, qu’a été confié le bébé. La scénariste, à qui l’on doit entre autres le cultissime Dolmen en 2005, a coécrit les huit épisodes de cette mini-série, qui assume pleinement son ADN.
Une intrigue au cœur de la Provence
Son théâtre ? Un village provençal, écrasé par la chaleur et la sécheresse. Son héroïne ? Flore Ravanel (Barbara Probst), une jeune garde forestière idéaliste, qui lutte pour une gestion responsable de l’eau et contre le projet de mégabassine de sa puissante famille, propriétaire d’une entreprise de BTP. Le point de départ de son intrigue ? La découverte au fond d’une cavité des ossements d’Alice, la mère de Flore, qui avait soudainement disparu vingt-sept ans plus tôt, laissant son bébé et une lettre d’adieu… S’ensuit une quête de vérité en eaux troubles entre passé et présent pour Flore et Yacine, un séduisant gendarme pas totalement étranger à l’affaire.
Les ingrédients classiques revisités
Secrets de famille, trahisons, passions contrariées… L’or bleu respecte à la lettre le cahier des charges de la saga d’été. Rien n’est oublié, et surtout pas la vengeance, les meurtres et les fausses pistes jusqu’à la révélation finale. Mais la mini-série ajoute à ce cocktail éprouvé deux éléments plus contemporains, histoire de coller à son temps.
Sur le fond d’abord, avec les thèmes du dérèglement climatique et des problématiques écologiques, qui irriguent – sans subtilité – le récit : on a ainsi droit à un militant qui ne se lave plus pour dénoncer la surconsommation de l’eau ou à une jeune activiste qui explique à sa grand-mère de très bonne volonté à quel point il est simple de trier ses déchets.
Sur la forme ensuite, avec une narration articulée autour de flash-back, dont les fictions abusent aujourd’hui volontiers. L’occasion, notamment, de s’immerger dans les années 1980 (et de réécouter quelques tubes), propres à nourrir la fibre nostalgique des amateurs. Ceux-là se plongeront donc avec délices dans cette série très romanesque et se réjouiront tout autant de retrouver les héros de Zodiaque, dont la suite débarquera prochainement sur TF1… Les autres préféreront sans doute opter pour Legends, le thriller haletant façon Bureau des Légendes de Netflix.
Legends : un thriller sous infiltration inspiré d’une histoire vraie
Grande Bretagne, dans les années 1990 : l’héroïne fait des ravages dans la population, les morts par overdose se multiplient. Margaret Thatcher, dont la popularité vacille, déclare la guerre aux trafiquants de drogue. Cette lutte sera notamment menée par de simples douaniers recrutés dans le plus grand secret. Après seulement quelques semaines de formation, ces hommes et femmes ordinaires ont été envoyés sur le terrain sous une fausse identité pour infiltrer les réseaux criminels. Et les démanteler.
Cette histoire incroyable, longtemps volontairement passée sous silence, a été relatée en 2022 par Guy Stanton, l’un de ces agents, dans l’ouvrage The Betrayer : How an Undercover Unit Infiltrated the Global Drug Trade (Le traître : comment une unité sous couverture a infiltré le trafic mondial de la drogue). Le scénariste britannique Neil Forsyth s’en est largement inspiré pour signer les six épisodes sous très haute tension de Legends, l’excellent nouveau thriller de Netflix.
Six épisodes pendant lesquels on tremble sans discontinuer pour Guy, Erin, Kate et Bailey, quatre employés des douanes inexpérimentés mais déterminés à mener à bien leur mission, malgré le danger (et le ridicule budget qui leur est alloué). En l’espèce détruire de l’intérieur le cartel turc dirigé par l’impitoyable Hakan, qui achemine l’héroïne en Angleterre depuis l’Afghanistan, ainsi que le réseau de distribution de Liverpool, détenu par l’inquiétant Carter.
Le seul moyen pour eux d’y parvenir sans se faire tuer est de se forger une légende et devenir un(e) autre, au risque d’oublier leur véritable identité. Ici réside l’autre intérêt de cette mini-série formidablement écrite et interprétée, qui ausculte l’impact de l’infiltration sur la psyché de ces valeureux fonctionnaires. Dernier atout : la reconstitution réaliste d’une Angleterre sinistrée, plombée par la crise économique et minée par la pauvreté. Du très bel ouvrage…
Legends, saison 1 (Netflix). De Neil Forsyth, avec Steve Coogan, Tom Burke, Hayley Squires… 6 x 55 minutes.
Une info en plus
Une série adaptée d’un roman de Ken Follett bientôt sur TF1 et Netflix. Après Les Combattantes, Netflix et TF1 collaborent de nouveau pour développer Le Réseau Corneille, un thriller d’espionnage historique adapté du roman éponyme de l’auteur britannique Ken Follett. L’histoire, qui se déroule en 1944, à la veille du débarquement de Normandie, met en scène un commando de femmes chargées de saboter le principal central téléphonique allemand. Au casting de cette mini-série de six épisodes, désormais en tournage : Lætitia Casta, Mathilde Seigner, Lina El Arabi, Bérangère McNeese…



