ArcelorMittal lance un méga-investissement de 1,3 milliard d'euros à Dunkerque pour décarboner l'acier
ArcelorMittal, le premier producteur d'acier en Europe, a officialisé un investissement colossal de 1,3 milliard d'euros pour construire un four électrique géant sur son site sidérurgique de Dunkerque, dans le Nord. Ce projet, dont le démarrage est prévu pour 2029, vise à produire de l'acier avec trois fois moins d'émissions de CO2 que les méthodes traditionnelles, réduisant les émissions à environ 0,6 tonne de CO2 par tonne d'acier. Cependant, cet investissement est moins ambitieux que prévu, car il était initialement estimé à 1,8 milliard d'euros en 2025, suscitant des critiques sur son ampleur et son timing.
Un soutien massif de l'État pour un projet stratégique
L'investissement bénéficie d'un soutien public conséquent, avec 50% du financement assuré via les certificats d'économie d'énergie (CEE). La visite d'Emmanuel Macron sur le site de Dunkerque, accompagné du ministre de l'Économie et de l'Industrie, souligne l'importance stratégique de ce projet pour le gouvernement français. Aditya Mittal, directeur général d'ArcelorMittal, a salué cet engagement, affirmant que le soutien public a été déterminant dans la décision finale et met en avant l'évolution des règles européennes de protection du marché de l'acier.
Des conditions économiques enfin favorables pour sécuriser le projet
ArcelorMittal justifie ce projet par plusieurs évolutions récentes. Le renforcement des mesures européennes contre les importations d'acier déloyales, via le système de quotas tarifaires (TRQ), et la montée en puissance du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) offrent une meilleure protection commerciale. De plus, un contrat d'approvisionnement en électricité bas carbone signé avec EDF garantit une énergie compétitive à long terme, essentielle pour ce four électrique très gourmand en énergie. Ces éléments combinés donnent, selon la direction, la confiance nécessaire pour lancer ce chantier.
Un investissement jugé trop tardif et insuffisant par les syndicats
Malgré ces avancées, le projet est vivement critiqué pour son retard et son manque d'ambition. Annoncée dès 2020-2021, la stratégie de décarbonation d'ArcelorMittal en Europe a pris du retard, avec des investissements ralentis ou conditionnés depuis 2023 en raison des coûts énergétiques élevés et d'une demande affaiblie. La CFDT a annoncé boycotter la visite d'Emmanuel Macron, dénonçant un plan acier "largement façonné par et pour ArcelorMittal" avec des aides publiques sans contreparties sociales. Le syndicat souligne que des centaines d'emplois ont été supprimés en France, notamment 600 postes annoncés en avril 2025, et s'alarme des menaces persistantes sur l'emploi.
Dunkerque, pilier de la transformation européenne de l'acier
Avec cet investissement, Dunkerque devient un site clé pour la décarbonation de l'industrie sidérurgique européenne. Le site, déjà l'un des plus grands complexes du continent, accueillera un four électrique d'une capacité de 2 millions de tonnes d'acier par an, marquant une transition vers un modèle moins dépendant du charbon. En parallèle, ArcelorMittal lance une unité d'aciers électriques à Mardyck pour 500 millions d'euros supplémentaires, destinée à l'automobile et à l'électrification industrielle. Ce projet sert de test pour l'ensemble de la sidérurgie européenne, avec des enjeux de compétitivité face aux importations à bas coût.
Pour le gouvernement français et l'Union européenne, l'objectif est de démontrer qu'une sidérurgie décarbonée et rentable reste possible en Europe. Cependant, les critiques syndicales rappellent que les défis sociaux et économiques persistent, avec un besoin de transparence et d'équilibre entre innovation environnementale et protection des emplois.