Zostères à Port Camargue : un comité technique se réunit ce vendredi
Zostères à Port Camargue : comité technique ce vendredi

Zostères à Port Camargue : un comité technique se réunit ce vendredi

La question des zostères sera de nouveau examinée ce vendredi dans la baie d'Aigues-Mortes. La nature tente manifestement de reprendre ses droits dans ce secteur du Gard, plus précisément au Grau-du-Roi, où un phénomène environnemental suscite des inquiétudes et des débats.

Une expérience de baignade peu plaisante

L'été dernier, se baigner à la plage nord de Port Camargue est devenu, pour de nombreux usagers, une expérience peu agréable en raison de la présence importante de vase et de zostères. Il s'agit d'une plante marine, souvent confondue à tort avec une algue. Des propriétaires du quartier se sont constitués en collectif et ont adressé au maire une pétition en août dernier pour lutter contre cette herbe marine. La pétition continue à être alimentée et compte désormais 1 500 signatures.

Pour Mme Establet, représentante du collectif Plage nord, la situation est préoccupante : "Cette plage devient un marécage, elle est dangereuse et glissante. Nous ne pouvons pas nous baigner avec toutes ces herbes. Cette situation risque de faire baisser le prix de notre bien immobilier, réduire le nombre de réservations en location saisonnière, et rendre nos vacances moins agréables. Pourtant, nous avons subi comme les autres quartiers une hausse de 60 % de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires."

La diminution de l'attrait pour cette plage urbaine impacte également les restaurateurs locaux et les associations sportives qui dépendent de la fréquentation estivale.

Une réponse institutionnelle progressive

À la suite de cette mobilisation citoyenne, un premier comité de pilotage s'est tenu le 6 octobre dernier. Cette réunion a permis :

  • aux collectifs et associations impactés de s'exprimer
  • aux instances locales, départementales, régionales et nationales déjà impliquées sur ce dossier de se présenter
  • un échange d'informations et un débat constructif sur la situation

Un comité technique a suivi cette première rencontre, et un prochain comité de copilotage se réunira précisément ce vendredi 13 février pour poursuivre les travaux.

Un problème complexe de drainage et d'évolution écologique

Selon le collectif de résidents, "cette vase provient du creusement du chenal sud pendant l'hiver 2020-2021". Lors de ces travaux d'envergure, une machine avait été installée pour filtrer les matières, et les déchets avaient été évacués vers Bellegarde.

La zostère, dont les graines sont aussi petites que le sable, est naturellement présente dans la baie. Des témoignages indiquent même qu'elle existait avant la création de ces plages urbaines. Cependant, elle se développe moins bien dans un sol sableux que dans un sol vaseux.

Or, cette vase, apportée principalement par le Vidourle et dans une moindre mesure par le Rhône, n'est plus correctement drainée en raison de plusieurs facteurs :

  1. L'ensablement progressif de la baie
  2. La faible profondeur de l'eau
  3. Les digues qui ont modifié la courantologie naturelle

Les professionnels de l'environnement réunis en comité de pilotage constatent que "le secteur de Port Camargue présente une évolution à caractère lagunaire. Le fond marin est devenu vaseux. La présence d'oiseaux typiques des zones lagunaires (hérons, aigrettes, cygnes) devant l'hôtel de ville confirme cette transformation de l'écosystème."

Une plante bénéfique mais problématique

L'institut marin du Seaquarium, qui suit attentivement l'évolution de l'herbier de zostère, souligne que cette plante ne pousse que dans les eaux saines, ce qui est rassurant d'un point de vue environnemental. "Elle joue un rôle essentiel dans l'écosystème côtier", explique-t-on. Ses fonctions écologiques sont multiples :

  • Elle stabilise le sol marin
  • Elle absorbe l'énergie des vagues
  • Elle favorise la sédimentation
  • Elle sert de refuge à diverses formes de vie marine
  • En agissant comme un puits de carbone, elle contribue à lutter contre l'érosion côtière

Face à ceux qui suggèrent simplement d'arracher ces plantes, Paul Chemin, membre de la Direction régionale de l'environnement (Dreal), apporte une réponse nuancée : "Ce sont des écosystèmes précieux. Il y a des régions où les herbiers de zostères sont classés en protection forte, ce qui n'est pas encore le cas en Occitanie mais pourrait l'être prochainement." Il précise cependant que sur ce site spécifique, "nous ne sommes heureusement pas dans un espace naturel mais sur une plage urbaine", ce qui pourrait influencer les décisions à venir.

Le dossier des zostères à Port Camargue illustre parfaitement la complexité des interactions entre développement urbain, activités touristiques et préservation des écosystèmes naturels. La réunion de ce vendredi promet d'être cruciale pour l'avenir de cette plage emblématique du littoral gardois.