À Mimizan, le garage Caignieu ferme après 50 ans, place à Aldi en 2027
Garage Caignieu ferme à Mimizan, Aldi arrive en 2027

Le garage Caignieu baisse le rideau après plus de cinquante ans d'activité

À Mimizan, le silence a remplacé le bruit des moteurs. Le garage Caignieu et sa station-service attenante ont cessé leur activité le 27 mars 2026. Sur cet emplacement stratégique, à deux pas de la papeterie et sur la route de la plage, un supermarché Aldi d'environ 1 000 mètres carrés est attendu au printemps 2027, avec parking et réaménagement des accès.

Derrière cette mutation, c'est toute une histoire familiale qui s'efface peu à peu, faite de travail, d'indépendance et de fidélité à un territoire. Yvan Caignieu et son fils Philippe posent aux côtés d'Éric Velasco, salarié historique qui après trente-cinq années passées au garage familial s'apprête à ouvrir sa propre activité de mécanique, rue du Forage.

Des origines lointaines

Cette histoire commence loin des Landes. « Mes grands-parents ont fui l'Italie et l'Espagne », raconte Philippe Caignieu, 60 ans aujourd'hui. Ses parents, Yvan, originaire du Gers, et Aline, du Lot-et-Garonne, démarrent leur vie professionnelle en Normandie. Elle est institutrice, lui répare des machines agricoles. C'est là que naît leur fils, à Saint-Valéry-en-Caux, avant un retour vers le Sud-Ouest – plus précisément dans les Landes – en 1965.

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L'indépendance comme moteur

Yvan entre alors comme mécanicien dans un garage. Mais l'envie d'entreprendre ne tarde pas. « À 27 ans, mon père est arrivé un soir à la maison en disant : ''Je vais m'installer''. » Le ton est donné. À Mimizan, il ouvre un premier atelier rue des Trois-Pignes, puis franchit un cap en 1975 en construisant son propre garage rue de la Papeterie. « Il s'est donné les moyens d'acheter et de construire. Il voulait son indépendance et réussir. »

Dans ce décor d'huile et de cambouis, Philippe grandit, apprend, observe. En 1981, il devient apprenti dans l'entreprise familiale, déjà structurée avec une dizaine de salariés. Après un détour par Mont-de-Marsan et le service militaire, il revient en 1986, bien décidé à s'inscrire dans la continuité.

Une quête de différenciation

« On a toujours cherché à être différent et à la pointe », insiste Philippe Caignieu. Les années suivantes sont celles du développement. Une activité supplémentaire est lancée dans la zone industrielle, avec un garage et du stockage de véhicules. « En 1987, j'ai été précurseur pour l'installation du GPL », souligne-t-il, comme un marqueur de cette volonté d'anticiper. Au début des années 1990, son père rachète la station-service attenante. Puis, progressivement, la transmission s'opère.

Une fin différente de celle imaginée

En 1997, un nouveau garage sort de terre sur l'ancien parking routier de la papeterie. L'année suivante, tout est regroupé sur ce site qui deviendra, pour beaucoup de Mimizannais, une adresse familière. Agent Renault, adossé à une offre Esso, le garage élargit ses activités : carrosserie, peinture, réparation multimarques, véhicules sans permis… « On a toujours cherché à être différent et à la pointe, insiste Philippe Caignieu. On a essayé de proposer une qualité de service différente, novatrice. » Dans l'atelier, les journées s'enchaînent, rythmées par les diagnostics, les réparations… et une bande-son rock diffusée en continu, en provenance d'une radio américaine.

Mais au fil des années, le métier change. Les moteurs parlent autrement, sous le poids de l'électronique. « Le savoir-faire des mécaniciens va disparaître. Avant, on pouvait savoir ce qui n'allait pas dans une voiture à l'œil et à l'oreille. C'est quelque chose qui s'apprenait au fil du temps. » Une évolution qui bouscule les repères et réduit les besoins en main-d'œuvre.

Reste alors la question de l'après. Philippe Caignieu, devenu gérant de la SARL en 2013, cherche une solution pour transmettre. Il se tourne notamment vers le constructeur historique. « J'aurais préféré une autre fin et que le garage perdure. Je pars sans la reconnaissance de Renault, malgré cinquante années de partenariat. » La reprise n'aboutit pas.

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Transmission et savoir-faire

Ses enfants ne souhaitant pas reprendre le flambeau, la décision se dessine peu à peu : vendre. Le projet d'un supermarché Aldi prend forme, incluant le rachat de deux maisons attenantes et une recomposition complète du site.

Pour autant, la transmission ne s'arrête pas là. L'un des salariés historiques, fort de trente-cinq ans d'ancienneté, s'apprête à ouvrir son propre garage en zone industrielle, 66 rue du Forage. « C'est difficile d'abandonner une entreprise comme ça. Donc j'aide mon salarié à monter sa boîte. C'est un devoir personnel. » Une façon, aussi, de prolonger l'esprit de la maison. Philippe Caignieu, lui, ne quitte pas totalement les moteurs : une partie du futur bâtiment sera consacrée à la restauration de véhicules anciens. Une manière de continuer, autrement.

À Mimizan, la fermeture du garage Caignieu ne se résume pas à un simple changement d'enseigne. Elle marque la fin d'un repère, d'un lieu où l'on venait autant pour réparer que pour échanger. Et alors que les murs s'apprêtent à tomber pour laisser place à un nouveau commerce, c'est toute une mémoire qui se referme, doucement, sans bruit, comme un moteur que l'on coupe après un long trajet.