Cette semaine, notre chroniqueuse mode Sophie Fontanel restitue les propos de son amie Clémande. C'est drôle, chaque génération a tendance à juger que le chic se perd. Marcel Proust, déjà, trouvait que ça n'allait pas en s'arrangeant. Mais l'autre jour, alors que je commençais d'entonner ce couplet habituel, une amie m'a reprise.
Le chic n'est pas la question
Elle m'a dit : « Le chic, tu sais, ce n'est pas la question. Le chic peut être largement obtenu à coups d'habits simples et bien coupés. Regarde Victoria Beckham, par exemple. Regarde sa métamorphose par un judicieux choix de vêtements. Il me semble que ce qui disparaît en ce moment est autre chose : l'allure. »
Qu'est-ce que l'allure ?
L'allure n'est pas l'adhésion à une norme : David Bowie avait de l'allure, avec des tenues vestimentaires déconcertantes, parfois. L'allure, c'est une façon d'occuper l'espace. Ça peut être inné, lié à une fierté, à une dignité, à un tempérament altier et décontracté à la fois. Une femme la plus pauvre du monde qui passe dans la rue peut avoir de l'allure. Et la personne la plus riche au monde peut en être dépourvue. Voilà pourquoi c'est le seul vrai Graal.
L'allure à Hollywood
À Hollywood, dans les années 1930, on apprenait cela aux stars en herbe. Il y avait des professeurs, disons, d'attitude. Sauf qu'aujourd'hui, regarde marcher ces stars des tapis rouges. Tu ne remarques rien ? Ne me dis pas que tu ne les voies pas, ces malheureuses perchées sur des talons trop hauts qui empêchent toute fluidité de la démarche. Comment avoir de l'allure si la marche est entravée ?
L'allure au-delà du mouvement
Mais l'allure peut être aussi le mouvement imperceptible d'une personne immobile. Va revoir le portrait sculpté de la Gradiva, à Pompéi, tu constateras que même là, figée dans le marbre, elle a de l'allure. L'allure, c'est l'amplitude donnée au mouvement. Ça crée un tel écho que ça se voit même en photo.
Comment réacquérir de l'allure ?
Comment réacquérir de l'allure ? Il faut, bien sûr, des référents, parce que ça fonctionne par mimétisme. Le travail le plus urgent de la mode, ce n'est donc pas de créer des tonnes de vêtements – on en regorge – mais de donner aux gens le goût des beaux mouvements. Et, bordel, c'est ton rôle. » Ne sachant comment ébaucher ce travail, je me suis dit qu'il était peut-être bien de commencer en citant in extenso les propos de mon amie Clémande. Voilà, c'est fait.



