Si le blocage du détroit d’Ormuz et des pétroliers fait craindre une pénurie de bitume, le président régional de la Fédération nationale des Travaux Publics, Christian Surget, redoute que, dans un contexte de hausse du prix du baril, l’attentisme des clients n’accélère la chute de nombreuses entreprises régionales du Sud-Ouest.
Un secteur dépendant du pétrole
Dans le contexte actuel de conflit au Moyen-Orient, le prix du baril de pétrole enchaîne les records à la hausse. Interrogé sur cette situation, Christian Surget explique : « Nous, les acteurs des Travaux Publics, sommes, pour nos engins, nos véhicules et aussi dans la production de bitume, d’importants consommateurs de produits pétroliers : gazole non routier (GNR), gaz. Nous sommes donc forcément touchés par les tensions à la hausse qui concernent le pétrole. »
Notre filière consomme environ 1 milliard de litres de GNR. Au niveau régional, la Nouvelle-Aquitaine est la 5e région en termes de chiffre d’affaires du secteur. « Nous sommes obligés de répercuter rapidement les hausses des prix des énergies car nous ne pouvons pas stocker les carburants. Nous sommes forcément dépendants des fluctuations à la hausse des cours du baril », ajoute-t-il.
Des index obsolètes
Pour passer l’épreuve, Christian Surget estime qu’il faudrait pouvoir réviser les index Travaux Publics et actualiser les prix de chantier tous les 15 jours, alors qu’aujourd’hui il faut attendre 45 jours. « Dans ce contexte, cela veut dire que nous, les entreprises, faisons des avances de trésorerie à nos clients pendant que le cours du pétrole galope et que nos charges explosent. Nous ne pouvons reporter l’impact du cours du pétrole sur nos coûts qui ont bondi d’environ 20 % aujourd’hui. »
Or, la plupart des entreprises du secteur, qui sont d’abord des PME, sont dans des situations financières sous tension. « Certains chantiers, pourtant indispensables, tardent à être signés, et c’est la double peine pour nous ! » déplore-t-il.
L’attentisme des collectivités
Selon Christian Surget, les donneurs d’ordre (communes, collectivités) disposent au total en France de 70 milliards d’euros, mais tardent à prendre des décisions concernant les travaux d’infrastructures. « Beaucoup semblent attendre de voir les prix baisser et donc nos factures aussi… Mais si elles attendent trop, nous ne serons plus là pour y répondre. Plus que le prix du pétrole, ce sont les chantiers en suspens qui nous condamnent. »
Risque de casse sociale
Interrogé sur la crainte de casse sociale, il répond : « Oui, beaucoup d’entreprises ont fait des demandes de chômage partiel à la préfecture. L’État, sous tensions budgétaires, répond : soldez plutôt leurs congés. Le gouvernement n’y est pour rien, l’État peut difficilement prendre en charge le paiement du chômage partiel… Mais dans ce contexte, nous allons vers des dépôts de bilan massifs. »
Il rappelle qu’en Nouvelle-Aquitaine, les TP représentent plus de 1 000 entreprises et 31 000 emplois. « Le seul moyen de sortir du cercle vicieux dans lequel nous sommes engagés, sachant qu’on ne peut pas faire grand-chose pour contrer la hausse des coûts des carburants et autres énergies impactées par le conflit au Moyen-Orient, c’est la fin de l’attentisme de la part de nos donneurs d’ordre collectivités. Je sais que tout le monde souffre de la situation actuelle, de l’inflation qui repart à la hausse, donc je redis à nos clients : n’attendez pas ! »



