Guide anti-OTA : reprendre le contrôle sans rejeter les plateformes
Guide anti-OTA : reprendre le contrôle sans rejeter les plateformes

Un guide qui fait mouche dans toute une industrie

Ces dernières semaines, difficile de passer à côté. Dans les cercles de l’hôtellerie, le guide signé Doyield circule de main en main, suscite les échanges et alimente les débats. Relayé dans plusieurs médias et massivement téléchargé, il a surtout réussi à capter l’attention d’un secteur en quête de repères.

À l’origine de cet engouement, un positionnement à contre-courant. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, le « guide anti-OTA » ne prône pas une rupture avec les grandes plateformes de réservation. Bien au contraire. Pour Raphaël et Chedi, le problème n’est pas l’existence des OTA, mais la manière dont elles sont utilisées, ou mal exploitées.

« Les OTA ne sont pas des ennemis, ce sont des leviers », résument-ils en substance. Une conviction forgée au contact du terrain, auprès des centaines d’établissements qu’ils accompagnent. Car derrière les critiques récurrentes sur les commissions ou la dépendance, se cache souvent une réalité plus nuancée.

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Repenser le rôle des OTA dans la stratégie hôtelière

Le succès du guide tient aussi à une idée simple, mais rarement formulée aussi clairement : ce ne sont pas les plateformes qui captent les clients, mais les hôtels qui ne parviennent pas à les retenir.

Dans les faits, les OTA jouent un rôle clé dans la visibilité. Elles constituent souvent le premier point de contact entre un voyageur et un établissement. Ignorer cette réalité reviendrait à se priver d’un canal d’acquisition majeur. Mais s’y reposer exclusivement expose à une dépendance risquée.

Pour Doyield, l’enjeu se situe ailleurs. Il s’agit de transformer cette visibilité en opportunité, en accompagnant le client tout au long de son parcours. De la première recherche jusqu’à la réservation, chaque étape compte. Site internet, stratégie tarifaire, campagnes marketing : tout doit être pensé pour inciter le client à réserver en direct.

Cette approche repose sur un équilibre que les fondateurs revendiquent. Un partage des ventes entre canaux directs et OTA, autour d’un ratio proche de 50/50, permettrait à la fois d’optimiser la performance et de préserver les marges. Un objectif réaliste, à condition de structurer sa stratégie.

L’erreur des hôtels : subir au lieu d’agir

Dans leurs audits, les équipes de Doyield observent des problématiques récurrentes. La plus frappante concerne la maîtrise des prix. Certains établissements constatent que leurs chambres apparaissent moins chères sur d’autres sites que sur leur propre plateforme. Ce phénomène, appelé « undercut », survient lorsque des OTA comme Booking.com ou Expedia revendent des chambres à des distributeurs tiers, qui rognent ensuite sur leur commission pour proposer des tarifs plus bas. Résultat : une perte de contrôle sur les prix affichés, qui fragilise directement la rentabilité des hôtels.

Mais au-delà de cet exemple, c’est une logique globale qui est en cause. Trop d’hôteliers abordent encore la distribution de manière passive, sans véritable pilotage. Résultat : une perte de contrôle progressive, au profit d’acteurs mieux structurés.

Doyield insiste alors sur un point clé : la performance ne dépend pas d’un levier isolé, mais d’une combinaison. Revenue management, marketing digital, fidélisation sont l’articulation de ces expertises qui permet de créer un cercle vertueux. Un client bien capté, suivi avec attention, et bien relancé devient un client fidèle et surtout rentable.

Certains cas accompagnés par l’entreprise illustrent ce potentiel. Sans transformation lourde ni investissement massif, des établissements ont vu leur chiffre d’affaires progresser significativement, simplement en ajustant leur stratégie de distribution et leur présence en ligne.

L’intelligence artificielle, nouveau terrain de jeu

Mais pour Doyield, le véritable bouleversement est ailleurs. Pendant que le secteur se focalise encore sur les OTA, une transformation plus profonde est déjà à l’œuvre : l’arrivée de l’intelligence artificielle dans les usages des voyageurs.

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De plus en plus d’utilisateurs passent désormais par des outils conversationnels pour organiser leurs séjours. Ces interfaces ne proposent plus des listes de résultats, mais des réponses directes. Une évolution qui change radicalement les règles du référencement.

Aujourd’hui, être visible ne suffit plus. Il faut surtout être compris, identifié et recommandé par les IA. Cela implique de structurer son information, d’assurer une cohérence entre les différents canaux et de proposer un contenu clair et fiable.

Pour les fondateurs de Doyield, le défi est aussi culturel. « Il ne s’agit plus seulement d’être bien positionné, mais d’être perçu comme pertinent », expliquent-ils. Une nuance essentielle, qui impose de repenser la manière dont un établissement se présente en ligne.

L’anticipation comme levier stratégique

Une chose est sûre, le changement va aller très vite, encore plus rapidement que les précédentes révolutions digitales qu’a connues le secteur.

Certains hôteliers tardent encore à prendre le virage, pensant avoir le temps. Une erreur, selon Doyield. Ceux qui n’investissent pas dès maintenant dans leur visibilité globale, OTA, direct, et désormais IA, risquent de se retrouver en retrait, dans un environnement où les positions se figent rapidement.

Pour accompagner cette transition, l’entreprise mise sur une approche pragmatique. Auditer, comprendre, ajuster, puis optimiser progressivement chaque levier. Une méthode qui repose sur une conviction forte : dans un écosystème de plus en plus complexe, il devient difficile d’avancer seul.

Une nouvelle lecture de la performance hôtelière

Finalement, le succès du guide de Doyield ne tient pas seulement à son contenu, mais à la vision qu’il propose. Une vision moins clivante, plus stratégique, qui invite les hôteliers à dépasser les oppositions simplistes.

Les OTA ne disparaîtront pas. L’intelligence artificielle ne fera pas disparaître les autres canaux. Mais l’équilibre entre ces différents leviers est en train de se redéfinir.

Dans un contexte qui évolue rapidement, une chose apparaît clairement : les établissements qui réussiront à reprendre la main sur leur distribution tout en anticipant les usages de demain seront les mieux armés pour capter une clientèle de plus en plus volatile.

Et c’est précisément sur ce terrain que Doyield entend continuer de jouer un rôle moteur.