Une grève de 24 heures organisée ce mercredi par les syndicats de la SNCF perturbe fortement le trafic ferroviaire, en particulier sur les trains régionaux et de banlieue, de plus en plus ouverts à la concurrence. La direction de SNCF Voyageurs a prévenu que le trafic régional, que le PDG Jean Castex qualifie de « trains du quotidien », sera « fortement perturbé » toute la journée.
Perturbations sur les grandes lignes
Sur les grandes lignes, en moyenne un TGV sur trois devrait être annulé et un train Intercités sur deux. Les quatre principaux syndicats de l'entreprise ferroviaire publique – CGT-Cheminots, Unsa Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots – ont lancé l'appel à la grève pour demander un moratoire sur l'ouverture à la concurrence ainsi que des hausses de salaire pour faire face à l'inflation.
Situation en Île-de-France
En région parisienne, seul le RER A ne devrait pas être trop touché. Sur les autres lignes, un train sur deux (lignes J, K, L) ou sur trois (lignes H, N, P, U, RER C, RER E) devrait circuler. Aucun train ne circule entre Juvisy et Melun.
Début du mouvement mardi soir
Le mouvement a débuté mardi soir avec quelques annulations de trains à grande vitesse. Un Eurostar pour Londres et un autre pour Bruxelles ont été supprimés, ainsi que trois TGV pour Saint-Brieuc, Poitiers et Nantes, selon les tableaux de départ publiés en ligne.
Les raisons de la colère
Au cœur de la protestation se trouvent les filialisations lancées depuis l'an dernier par la SNCF au fur et à mesure des appels d'offres des régions pour déterminer l'exploitant des lignes de trains au départ de chaque métropole régionale, comme « l'étoile » de Caen ou de Nice. Même si la SNCF remporte l'appel d'offres, elle crée une « nouvelle entité privée » dans laquelle elle transfère ses personnels, explique Julien Delion, conducteur et secrétaire du syndicat CGT-Cheminots de Bayonne. « Avec à la clé moins de jours de repos et des temps de travail plus longs », car les salariés ne dépendront plus de l'accord d'entreprise mais d'un accord de branche moins favorable.
« S'ils refusent le transfert, ils seront licenciés parce que tout un territoire bascule, donc ils n'ont pas d'autre option localement », souligne-t-il, jugeant « l'ambiance très anxiogène » dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, où l'ouverture à la concurrence doit se faire prochainement. Au total, « 27.000 salariés SNCF » sont « embarqués dans la concurrence » et potentiellement transférés dans des filiales locales de la taille d'une PME de 400 à 500 personnes, a confirmé mardi Jean-Aimé Mougenot, directeur TER délégué chez SNCF Voyageurs, lors du salon Mobco. Il admet qu'il s'agit d'une « transformation interne majeure », mais affirme tout faire pour que le transfert se passe bien, avec des garanties pour les salariés.
Calendrier de la concurrence
Neuf régions TER sur onze ont lancé ou s'apprêtent à lancer des appels d'offres pour exploiter leur réseau. Seules l'Occitanie et la Bretagne attendent la fin de leur convention avec la SNCF. Mais à terme, toutes les lignes de TER devront être mises en concurrence d'ici fin 2033, selon la loi. Si les élus y voient un potentiel d'amélioration de la qualité et du nombre de trains, les syndicats estiment que les gains de productivité se font au détriment des salariés.
La concurrence a aussi démarré sur les lignes TGV, selon des modalités différentes : plusieurs opérateurs peuvent exploiter une même ligne, comme Trenitalia et SNCF Voyageurs sur Paris-Lyon et Paris-Marseille. Pour les syndicats, qui font le parallèle avec France Telecom il y a quelques années, le bouleversement des habitudes de travail est tel que ce sont les plus fragiles qui trinquent : 13 suicides ont été comptés à la SNCF depuis début 2026.



