Une anecdote historique à la veille du Grand Prix de Monaco
À la veille du Grand Prix de Monaco, Michel Boéri raconte comment le Prince Rainier III l’a convaincu de prendre la présidence de l’Automobile Club de Monaco en 1972. Jeune avocat, son destin a basculé sur le pas d’une porte par un bon mot du souverain.
En 1972, alors que Le Parrain de Francis Ford Coppola triomphe au cinéma, que la guerre du Vietnam s’éternise et que Imagine de John Lennon résonne comme l’hymne d’une génération, Michel Boéri est un jeune loup du barreau, remarqué pour son engagement bénévole au sein de l’Écurie Monaco.
La fonction de président de l’Automobile Club de Monaco étant vacante, des proches du Prince Rainier III lui soufflent le nom de Michel Boéri. La suite tient en une anecdote mémorable.
« Savez-vous conduire ? »
« Quand on n’est pas en position de force, il n’y a qu’une tactique : se tirer en vitesse », confie Michel Boéri. « J’ai été convoqué. Après beaucoup de discussions, et alors que j’essayais vraiment de refuser le poste, on a fini par admettre que je n’étais pas prêt à y aller. J’arrive à la porte et le Prince m’appelle : “À propos, est-ce que vous savez conduire ?”. Je lui dis : “Bien sûr, Monseigneur”. “Eh bien, cela suffira !” Voilà comment je suis devenu président. Je n’y pensais pas, j’avais d’autres choses à faire. J’avais un cabinet que je voulais rendre opérationnel, puissant. »
Pourquoi ne pas avoir campé sur son refus ? « Quand on n’est pas en position de force, il n’y a qu’une tactique : se tirer en vitesse en vous disant que peut-être cela va faire changer d’avis en face. Donc je suis parti rapidement. Et puis bon, il s’est trouvé que je me suis engagé dans ce truc-là. Aujourd’hui, je n’ose pas dire combien de temps j’y suis resté… »
Une mouche contre un éléphant
À l’aube de la création du championnat du monde WRC, le rallye Monte-Carlo était alors la vitrine de l’ACM. « Les réglementations routières pour la traversée des villages n’existaient pas, les gens étaient trop contents, non pas tellement des retombées financières mais d’avoir un spectacle qui passait. Imaginez la France de 1972, la première télé n’est pas loin. Et puis les choses se sont compliquées dans toutes les matières, pour tout le monde. »
Le premier choc pétrolier accompagne ainsi les premières réformes du Président Boéri, qui érige la sécurité en priorité. Un corps structuré de commissaires de piste voit le jour jusqu’à devenir une référence.
Le souvenir de Bandini
« C’était après l’effroyable. Je suis de la génération qui a vu Bandini brûler en 1967. J’étais commissaire ce jour-là, au poste Chicane Nord avec un extracteur de 5 kilos. Sa voiture a pété, une bombe effroyable. L’extracteur, c’était une mouche contre un éléphant. Quand le feu s’est arrêté, le problème était de retourner la voiture avec un grappin, et là, c’était le spectacle atroce de Bandini dégoulinant. »
Une vision déterminante. « Quand on arrive à une fonction qui vous permet d’influencer quelque chose, vous vous dites que ce n’est pas possible de rester dans cet état de Néandertal. »



