Les professionnels du secteur des énergies renouvelables en France tirent la sonnette d'alarme. Alors que le gouvernement affiche des objectifs ambitieux en matière de transition énergétique, les annonces de suppressions de postes se multiplient dans les filières solaire et éolienne. Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), ce sont près de 5 000 emplois qui pourraient être menacés d'ici 2027, un chiffre qui inquiète vivement les acteurs du secteur.
Un contexte de ralentissement des projets
Cette situation s'explique par un ralentissement des nouveaux projets, notamment dans l'éolien terrestre et le solaire photovoltaïque. Les causes sont multiples : complexité administrative, oppositions locales, et incertitudes réglementaires. Le SER dénonce un « manque de visibilité » qui freine les investissements et pousse les entreprises à réduire leurs effectifs. « Nous assistons à un paradoxe : alors que la demande d'électricité verte explose, les pouvoirs publics ne mettent pas en place les conditions nécessaires pour soutenir la filière », explique Jean-Louis Bal, président du SER.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : au premier semestre 2026, les nouvelles installations éoliennes ont chuté de 30 % par rapport à la même période en 2025. Dans le solaire, la baisse est de 15 %. Ces chiffres, issus du dernier baromètre du SER, montrent un décrochage net par rapport aux objectifs de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).
Des conséquences sur l'emploi et la transition
Les suppressions de postes touchent tous les métiers : ingénieurs, techniciens de maintenance, commerciaux, et ouvriers spécialisés. Dans l'éolien, des entreprises comme Vestas et Siemens Gamesa ont déjà annoncé des plans de départs volontaires. Dans le solaire, des fabricants de panneaux et des installateurs réduisent leur voilure. « C'est un gâchis humain et économique. Nous formons des jeunes à des métiers d'avenir, et ils se retrouvent sans emploi », déplore Marie-Hélène Aubert, déléguée générale d'Enerplan, le syndicat des professionnels du solaire.
Au-delà de l'emploi, c'est la transition énergétique elle-même qui est menacée. La France s'est fixé pour objectif d'atteindre 33 % d'énergies renouvelables dans sa consommation finale d'énergie d'ici 2030. Avec un tel ralentissement, cet objectif semble hors de portée. « Nous risquons de dépendre encore plus longtemps du nucléaire et des énergies fossiles, ce qui n'est pas viable à long terme », avertit Jean-Louis Bal.
Les revendications des professionnels
Face à cette situation, les syndicats et les entreprises réclament des mesures concrètes. Ils demandent notamment une simplification des procédures d'autorisation, un meilleur soutien financier de l'État, et une programmation pluriannuelle de l'énergie plus ambitieuse et stable. « Il faut un signal fort de la part du gouvernement pour redonner confiance aux investisseurs », insiste Marie-Hélène Aubert.
Le SER a également proposé un plan d'urgence en dix points, qui comprend la création d'un guichet unique pour les projets, le relèvement des objectifs de la PPE, et le maintien des tarifs de rachat pour les petites installations. Ce plan a été remis au ministère de la Transition énergétique en juin dernier, mais aucune réponse officielle n'a encore été donnée.
Un appel à la mobilisation
Les professionnels appellent à une mobilisation générale pour sauver la filière. Une journée d'action est prévue le 15 septembre prochain à Paris, avec des rassemblements devant les ministères concernés. « Nous ne laisserons pas détruire notre industrie sans réagir. Les énergies renouvelables sont un pilier de la souveraineté énergétique de la France », conclut Jean-Louis Bal.



