Uber Eats promet de meilleures conditions, les livreurs dénoncent une réalité précaire
Uber Eats assure avoir rehaussé ses conditions de rémunération ces derniers mois, mais des livreurs, notamment à Bordeaux, pointent la précarité persistante de leur situation et leur dépendance à la plateforme. Ces travailleurs, souvent inscrits sur plusieurs applications, déplorent la maigreur des revenus générés par les livraisons de repas, contredisant les chiffres avancés par les entreprises.
Des témoignages accablants sur les revenus insuffisants
Koffi, un migrant ivoirien, livre un récit poignant de son quotidien : « Hier, j’ai travaillé à partir de 11 heures, je suis rentré à 23 heures avec 23 euros. De 11 heures à 22 heures, tu n’as même pas 50 euros. On te donne une commande de 10 kilomètres et on te paye 6 euros. C’est de l’esclavage ! » s’exclame-t-il. Ces gains sont insuffisants pour subvenir aux besoins de sa famille, le contraignant à négocier avec son bailleur pour payer le loyer.
Il poursuit : « Dans les périodes où il pleut, tu peux gagner jusqu’à 800 euros par mois. Mais le plus souvent, tu ne dépasses pas 500 euros. Ce qui nous pousse, c’est de ne pas avoir de papiers. Je n’ai pas le choix. Si j’avais des papiers, c’est sûr que je n’irais pas pédaler pour 10 euros. »
Une dépendance accrue et des conditions difficiles
Kamara, un autre livreur, confirme cette réalité : « On peut avoir des propositions à 10 kilomètres à 6 euros. Si vous n’acceptez pas, quelqu’un d’autre va le prendre. Moi, depuis trois jours et demi, je suis à 68 euros. » Il souligne également que « beaucoup de livreurs vivent dans les squats », et s’interroge : « Celui qui n’a pas de titre de séjour peut-il faire autrement que d’accepter les conditions des plateformes ? »
Les chiffres officiels en contradiction avec les expériences vécues
Selon une étude récente de Médecins du monde, basée sur 1 004 livreurs interrogés, 91 % d’entre eux dépendent principalement de cette activité pour leurs revenus. Ces mêmes livreurs déclarent gagner en moyenne 1 480 euros brut par mois, soit 5,83 € brut par course. Un autre rapport estime les revenus horaires d’un livreur Uber Eats entre 8,30 et 9,40 € la première année, puis entre 7,80 et 8,80 € les années suivantes, des montants proches du SMIC horaire de 8,11 €.
En réponse, Uber Eats indique avoir adopté une « garantie minimale de revenu horaire portée à 14 euros » après un accord sectoriel établissant un minimum de 11,75 € sur toutes les plateformes. La plateforme affirme que ses livreurs perçoivent « 21,50 € par heure d’activité en moyenne ». Deliveroo, quant à elle, n’a pas répondu aux sollicitations.
Malgré ces assurances, les témoignages des livreurs bordelais révèlent un décalage profond entre les promesses des plateformes et la réalité vécue sur le terrain, mettant en lumière les défis persistants de la précarité et de la dépendance dans ce secteur en pleine expansion.



