Est-ce la fin de l'égalité entre les étudiants sur les bancs de la fac ? Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées, mardi à Paris et dans plusieurs villes de France, contre l'augmentation qu'ils jugent injuste des frais d'inscription à l'université pour la majorité des étudiants étrangers extracommunautaires, le gouvernement défendant de son côté la « souplesse » dans l'application de la mesure.
Une mobilisation dans le Quartier latin
À Paris, environ 500 étudiants, enseignants, personnels administratifs des universités et représentants syndicaux (Snesup-FSU, Unsa Sup-Recherche, Unef, Fage, Union étudiante…) ont défilé dans le Quartier latin, jusqu'à l'entrée du ministère de l'Enseignement supérieur, sans incident. Parmi les pancartes : « non au tri social », « xénophobie c'est non », « même fac, même droits ».
Une logique anglo-saxonne
Dans le cadre d'un nouveau plan baptisé « Choose France For Higher Education », le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste avait annoncé le 20 avril vouloir faire appliquer strictement les droits d'inscription différenciés pour les étudiants extracommunautaires dans les universités françaises, instaurés en 2019 mais jusqu'ici peu effectifs. Avec ce projet, le gouvernement défend une logique de rééquilibrage financier et soutient que l'augmentation des frais renforcerait la valeur perçue des diplômes français et attirerait des profils jugés à fort potentiel ou disposant de ressources suffisantes, dans une logique proche de celle adoptée par certains pays anglo-saxons.
Des montants multipliés
Concrètement, la majorité des étudiants non ressortissants de l'Union européenne seront appelés à la rentrée à s'acquitter de droits d'inscription fixés à 2.895 euros par an en licence, contre 178 euros aujourd'hui, et 3.941 euros en master, contre 254 euros. « Ces droits […] correspondent à moins d'un tiers du coût réel de la formation, ce qui veut dire que derrière, il reste 8.000 euros qui sont aujourd'hui payés par la communauté nationale », a redit mardi devant les députés Philippe Baptiste.
Un plafond d'exonération relevé
Un premier projet de décret examiné la semaine dernière par le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) prévoyait d'autoriser les universités à exonérer seulement 10 % de leurs étudiants extracommunautaires de ces frais d'inscription différenciés. La séance avait été boycottée par une large partie de ses membres. Une nouvelle mouture présentée mardi relève ce plafond à 20 % des effectifs d'étudiants hors Union européenne. Cette évolution passera par deux paliers transitoires : un plafond à 30 % dès la prochaine rentrée, puis 25 % en 2027.
Des voix s'élèvent contre l'injustice
Mardi matin, le Cneser, cet organe consultatif présidé par le ministre et réunissant représentants des personnels, des étudiants et des établissements, a largement rejeté ce texte avec 60 voix contre, et une poignée d'abstention et de votes pour, selon plusieurs sources syndicales. Ali Cherif, secrétaire général de l'Unsa Sup-Recherche, reste opposé au dispositif. « Ça reste profondément injuste. La France a toujours été une terre d'accueil, et on se met à faire des quotas », a-t-il dénoncé.
« Qui va payer les 4.000 euros ? Qui les a ? La France va perdre beaucoup d'étudiants, elle ne sera plus attractive », prédit Boussad, 26 ans, étudiant algérien en master 1 en physiopathologie à Paris qui envisage de trouver un apprentissage dans une école privée à la rentrée, pour ne pas avoir à payer.
Kanouté, étudiant malien de 19 ans, raconte être arrivé en France en septembre en licence 1 de droit avec 5.000 euros, et travailler 15 heures par semaine dans une grande surface. « On est venu pour étudier, pas pour profiter du système », souligne-t-il, critiquant une « politique discriminatoire ».



