Le 10 juin 2016, le Comité ouvrier du logement (COL) inaugurait à Bayonne la résidence Terra Arte, l'un des tout premiers projets d'habitat participatif en France. Une décennie plus tard, l'esprit coopératif n'a rien perdu de sa vivacité.
Un projet pionnier
Au premier regard, rien ne distingue Terra Arte des autres programmes immobiliers de l'écoquartier du Séqué, sur la rive droite de Bayonne. Construite par le COL, Terra Arte n'est pourtant pas tout à fait une résidence comme les autres. Ici, les habitants entretiennent les plantations, le potager, organisent des événements festifs et partagent de nombreux espaces communs : buanderie, atelier de bricolage, salle polyvalente, terrasses… Historiquement, Terra Arte est surtout l'une des premières résidences conçues par les habitants eux-mêmes, sur le mode de l'habitat participatif.
Une démarche collective dès l'origine
Dès 2013, accompagnés par des spécialistes (sociologue, urbaniste, architecte, médiateur), les candidats à l'accession ont avancé pas à pas pour définir ensemble la disposition des 46 logements ainsi que l'organisation des espaces communs intérieurs et extérieurs. « Nous nous retrouvions régulièrement pour débattre, échanger et décider de ce que nous voulions », se souvient Priscila Ludovico, une habitante de Terra Arte. Comme tout projet immobilier, l'habitat participatif a cependant ses limites. « Nous avons par exemple renoncé à réaliser un parking souterrain en raison des contraintes financières. Une démarche d'habitat participatif oblige les participants à se former, à s'écouter et à faire des compromis », témoigne-t-elle.
L'esprit participatif à l'épreuve du temps
« Pour nous, le véritable enjeu est de sortir d'une société individualiste et de tendre vers des organisations coopératives, leviers essentiels pour favoriser la cohésion et la future entente entre voisins », confiait Bertrand Bourrus en avril 2015, à l'occasion de la pose de la première pierre. L'ancien président du COL, décédé en 2021, ne croyait pas si bien dire. Onze ans plus tard, la forme d'utopie qui prévalait à la genèse du projet perdure toujours. « Une dizaine d'habitants sont partis, remplacés par de nouveaux qui n'avaient pas participé à la démarche initiale, mais nous sommes malgré tout parvenus à conserver l'état d'esprit participatif », se réjouit Cécile Cordina, une autre habitante de Terra Arte.
Comme dans toutes les copropriétés, des conflits de voisinage surgissent parfois. Mais ici, les habitants ont appris à gérer les différends par l'écoute, le respect mutuel, accompagnés par une voisine qui fait office de médiatrice. « Terra Arte ne fait pas exception : nous rencontrons les mêmes problèmes que tout le monde, mais on se parle sans doute plus qu'ailleurs pour trouver des solutions satisfaisantes pour tous », observe Priscila Ludovico.
La solidarité, clé du mieux vivre ensemble
L'an dernier, constatant que certains s'investissaient moins que d'autres pour entretenir les espaces communs, les habitants ont eu l'idée de mettre en place un système de partage des charges. Une application en ligne a été créée pour répertorier les tâches à effectuer : nettoyer la salle polyvalente, s'occuper du potager, couper les plantations… « L'objectif est que chaque foyer consacre trois heures par mois à l'entretien de la résidence, afin de réduire les charges de copropriété, résume Cécile Cordina. La participation aux tâches reste libre. En revanche, ceux qui choisissent de ne pas y prendre part s'engagent à verser une contribution financière équivalente au temps de travail non effectué. »
Dans la pratique, les trois quarts des habitants sont solidaires et préfèrent participer plutôt que payer. D'autant que ces rendez-vous s'achèvent le plus souvent autour d'un repas convivial entre voisins. Le 27 juin prochain, le COL et les habitants de Terra Arte organiseront une grande fête pour célébrer les dix ans de la résidence. De quoi renforcer plus encore le lien social entre les copropriétaires, mais aussi avec les autres habitants du quartier ou d'ailleurs.



