Crise du cognac : les producteurs de pineau des Charentes innovent pour survivre
Pineau des Charentes : une astuce réglementaire pour préserver la filière

Une filière sous pression

Pris dans les soubresauts de la crise du cognac, les 400 producteurs de pineau des Charentes ont trouvé une astuce réglementaire pour préserver leur filière. Ils baissent également le rendement 2026. Et cela fait débat.

« Il faut savoir s'adapter sans se renier », a déclaré mercredi 6 mai Pascal Guilloton, le président du Syndicat des producteurs de pineau des Charentes (SPP). Ses collègues réunis en assemblée générale à Archiac ont acquiescé. Ils savent combien la conjoncture les oblige à préserver les fragiles équilibres d'une filière qui revient de loin. Dans les années 1970 puis 1990, au plus fort des deux précédentes crises du cognac, des pineaux pas toujours fameux amélioraient la trésorerie mais desservaient la catégorie. Ce temps-là est révolu. En une génération, les ventes ont chuté de moitié. Aujourd'hui, 400 producteurs (dont les deux tiers en Charente-Maritime) participent à la montée en gamme d'un apéritif mieux élaboré. Goûts plus vifs et moins sucrés, débuts de fermentation soignés, choix des meilleurs cépages : jamais autant de pineaux différents n'ont été élaborés !

Un garde-fou : l'affectation triennale

En 2025, presque 61 000 hectolitres ont été écoulés, soit environ 8 millions de bouteilles distribuées pour l'essentiel en France, en Belgique et au Canada. Les ventes baissent de 2,5 % en volume quand celles du grand frère cognac dégringolent de 15 %. Des viticulteurs à la peine seraient-ils à nouveau tentés par le pineau ? Pourquoi pas, mais le SPP pose un garde-fou. Au printemps dernier, il brandissait une astuce réglementaire obligeant les élaborateurs à s'engager à moyen et long terme : une affection triennale des surfaces de vignes dédiées à la production de moûts pour pineau. « Trois ans, cela oblige à se projeter, cela incite les viticulteurs à réfléchir à leur projet », déclarait Philippe Guérin, patron de la SAS Puy Gaudin à Gémozac, une figure du secteur.

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983 hectares furent ainsi affectés en 2025, chiffre à rapporter à un vignoble charentais de plus de 95 000 ha en production. En 2026, 2027 et 2028, environ 1 020 ha iront aux moûts pour pineau. Les professionnels y voient un gage de stabilité.

« Comment vendre plus ? »

Mercredi à Archiac, on a appris que le SPP baissait le rendement maximal : 62 hl/ha lors des prochaines vendanges, contre 75 l'automne dernier. La mesure a pour objectif de ne pas alourdir les stocks. Elle fait débat, notamment chez les Vignerons indépendants dont Francis Motard (Domaine du Botté à Salignac-de-Mirambeau) s'est dit le porte-voix. Il suggère un « système de modulation » qui privilégierait les tenants de la vente directe à ceux de la vente en vrac. « Réfléchissez-y avant que la suraffectation nous étouffe et nous fasse crever », a-t-il clamé.

« Moi aussi je suis Vigneron indépendant et je ne crois pas aux traitements individualisés. La vraie question, c'est comment vendre plus de pineau, pas comment moduler le rendement », a répondu Jean-Marie Baillif (Domaine du Chêne à Saint-Palais-de-Phiolin).

Note : Les moûts et le cognac indispensables à l'élaboration du pineau doivent provenir de la même exploitation, c'est la règle. Aux moûts produits sur 1 hectare de vignes, le viticulteur doit ajouter le cognac produit sur 2 à 3 autres hectares de vignes.

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