La Haute-Gironde réinvente ses vins face à la crise et au « bordeaux bashing »
Haute-Gironde : les vignerons innovent contre la crise viticole

La Haute-Gironde réinvente ses vins face à la crise et au « bordeaux bashing »

Les clichés sur les vins de Bordeaux persistent, et la vague de « bordeaux bashing » reste difficile à surmonter. Cependant, les efforts des vignerons girondins, qui ont renouvelé leurs cuvées et leurs pratiques, commencent à porter leurs fruits. Un exemple frappant se trouve dans les terres de la Haute-Gironde, où une transformation profonde est en cours.

Un contexte économique dramatique

La situation est alarmante : depuis 2024, 20 000 hectares de vignes ont été arrachés en Gironde, marquant un véritable carnage économique et commercial. De nombreux consommateurs traditionnels ont disparu, obligeant les producteurs à adopter une nouvelle stratégie : produire moins, mais mieux et différemment, pour conquérir de nouveaux marchés.

« On va disparaître, qu’est-ce qu’il se passe ? » s’est interrogée, sidérée, Patricia Simon. En 2022, elle a acquis, avec son époux Jean-Pierre, le Château Mondésir-Gazin, un domaine viticole bio de 12 hectares basé à Plassac en Haute-Gironde, jouissant d’une bonne réputation. Originaires de Boulogne-Billancourt, en région parisienne, le couple s’est retrouvé confronté en 2023 à la crise viticole historique qui a frappé Bordeaux de plein fouet.

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L’adaptation des néovignerons

Malgré les défis, Jean-Pierre et Patricia Simon ont survécu commercialement. « Quand nous sommes arrivés en 2022, nous avions encore des commandes des clients de l’ancien propriétaire Marc Pasquet ; aujourd’hui, ils ont tous disparu », se rappelle Jean-Pierre Simon, 72 ans, ancien professionnel de l’informatique. Pour comprendre le marché, le couple a multiplié les participations à des salons, et Jean-Pierre est devenu un commercial en vin, avouant avoir « lu 3 000 pages de littérature technique sur la culture du vin ».

Ce travail acharné a débouché sur la production de plusieurs cuvées originales, totalisant 50 000 bouteilles vendues à partir de 12 euros, qui séduisent particulièrement la tranche d’âge des 18-34 ans. Jean-Pierre Simon analyse : « Le consommateur aujourd’hui recherche la sucrosité, la fraîcheur, la buvabilité. Il veut se faire plaisir tout de suite, ne pas attendre dix ans pour sortir une bouteille de la cave. La jeune génération a horreur de la frustration, elle est dans l’immédiateté. »

Innovations dans les cuvées et la commercialisation

Le Château Mondésir-Gazin évite les barriques neuves, considérant que « le rouge et les arômes de vanille, c’est antinomique ». Parmi ses créations, une cuvée mélange la rondeur du merlot et la vivacité du malbec, tandis qu’une autre, dite « nature », utilise très peu de macération pour un vin frais sans sulfite, à consommer rapidement.

Cette approche innovante s’étend à d’autres domaines, comme le Château Bastor-Lamontagne à Preignac, où même les vins de Sauternes se réinventent avec des crémants et cocktails. Les étiquettes, autrefois surannées, sont redessinées avec des dessins épurés et des couleurs chatoyantes pour attirer un nouveau public.

La diversification des gammes et le soutien des cavistes

En terres blayaises, Mondésir-Gazin s’inspire de pionniers comme le Château Peybonhomme-Les-Tours, qui a diversifié sa gamme avec des cuvées fraîches et fruitées, des élevages en amphore, et des assemblages audacieux. D’autres vignerons, tels que Château Nodot ou Fredignac, ont également réinventé leurs modes de culture et de commercialisation.

En bout de chaîne, des cavistes bordelais comme La Cave utile en ville (Cuv) font de l’anti-bordeaux bashing, promouvant activement ces « nouveaux bordeaux ». Lenaic Tevelle, fondateur de Cuv, explique : « En tant que Bordelais, je faisais partie de ceux qui disaient que le vin de Bordeaux était chiant. Le vignoble se reposait sur les grands crus, ne se renouvelait pas. C’était trop cher, trop boisé, pas propre. » Aujourd’hui, il vend des bouteilles accessibles et légères, contribuant à redorer l’image de Bordeaux auprès des 35-45 ans.

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Cette dynamique de renouveau, portée par une production plus responsable et adaptée aux attentes contemporaines, montre que la Haute-Gironde et ses vignerons sont déterminés à surmonter la crise et à reconquérir le marché du vin.