Notre-Dame : les vitraux de Viollet-le-Duc exposés au Trocadéro et à Pierrefonds
Vitraux de Notre-Dame exposés au Trocadéro et à Pierrefonds

La bataille juridique n'est pas terminée. Le 19 mai, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de suspension des travaux formulée par les associations Sites & Monuments et SOS Paris, qui attendent désormais le jugement sur le fond.

Une dépose programmée pour fin juin

Pour l'heure, la voie est donc libre pour la dépose, à partir de fin juin, des six vitraux ornementaux réalisés en 1864, dans le cadre du programme conduit par Eugène Viollet-le-Duc, dans les chapelles du bas-côté sud de la nef de Notre-Dame (IVe). Annoncé par Emmanuel Macron fin 2023, leur remplacement par les œuvres contemporaines commandées à l'artiste Claire Tabouret et à l'atelier Simon-Marq — lauréats de la consultation lancée par le ministère de la Culture — est prévu pour la mi-octobre dans la cathédrale.

Une opération largement contestée, en témoigne la pétition initiée par la Tribune de l'art qui cumule désormais plus de 350 000 signatures. Mais que deviendront les vitraux du XIXe siècle, réalisés par le peintre verrier Alfred Gérente et qui n'ont pas été endommagés par l'incendie du 15 avril 2019 ? L'État vient d'apporter des précisions.

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Deux destinations symboliques

Les six panneaux « seront restaurés puis présentés au public au château de Pierrefonds (Oise) et à la Cité de l'architecture et du patrimoine », située place du Trocadéro et du 11-Novembre à Paris (XVIe), a indiqué ce jeudi 21 mai la préfecture de région Île-de-France dans un communiqué.

Le choix de ces deux destinations n'est pas anodin. Au château de Pierrefonds, édifice entièrement réinventé par Viollet-le-Duc entre 1857 et 1879 pour Napoléon III, à proximité de Compiègne, les vitraux retrouveront en quelque sorte leur créateur. Et permettront de « mettre en perspective l'ensemble de l'œuvre » de l'architecte.

À la Cité de l'architecture et du patrimoine, installée au palais de Chaillot face à la tour Eiffel, l'accrochage sera différent : les vitraux seront mis en relation avec des productions d'époques variées, replacés dans une histoire longue du vitrail français.

Un calendrier établi

« Les vitraux devraient pouvoir être présentés sur les nouveaux sites à partir du deuxième semestre 2027 », précise la préfecture. Un déménagement qui ne sied pas à la Tribune de l'art. « Les vitraux seront présentés, pour quatre d'entre eux, au château de Pierrefonds, et pour deux autres à la Cité de l'architecture et du patrimoine, écrivait en avril le site spécialisé. Non seulement ils seront séparés de leur contexte et des autres vitraux de Notre-Dame, mais ils seront eux-mêmes partagés en deux. »

Toutefois, c'est précisément sur cette promesse de conservation que le juge des référés a fondé son rejet. Estimant que l'opération présentait un caractère « réversible » — les vitraux contemporains étant de même format que les anciens et leur pose préservant les armatures métalliques existantes —, il a conclu à l'absence d'urgence, sans se prononcer sur la légalité de l'autorisation de travaux signée par la préfecture le 17 avril.

Un combat juridique qui se poursuit

Un motif que Julien Lacaze, président de Sites & Monuments, refuse d'interpréter comme une défaite totale. « C'est le moins mauvais motif de rejet pour nous », a-t-il récemment déclaré dans nos colonnes. Son association poursuit désormais le combat au fond, une procédure qui s'étendra sur plusieurs mois — peut-être au-delà de la pose des nouveaux vitraux prévue à l'automne. Des maquettes grandeur nature des nouveaux ont été exposées pendant plusieurs semaines au Grand Palais (VIIIe).

En attendant, les travaux sont officiellement lancés, malgré les réserves partagées notamment de la Commission nationale du patrimoine et de l'architecture (CNPA) qui avait voté contre ce projet en 2024.

Les six panneaux prochainement remplacés représentent 121 des 2 500 m2 de vitraux que compte le joyau de l'île de la Cité, rouvert au public début décembre 2024 et qui accueille depuis 30 000 à 35 000 visiteurs par jour. Leur changement « constituera un témoignage de la restauration de très grande ampleur rendue nécessaire par l'incendie du 15 avril 2019 et contribue donc pleinement à l'histoire de l'édifice », concluent les services de l'État.

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