Le nouveau maire de Saint-Martin-Vésubie, Jean-Christophe Teobaldi, s'insurge contre l'état de délabrement du patrimoine religieux de sa commune. Avec le soutien du Département des Alpes-Maritimes, il s'engage à sauver cinq édifices durant son mandat, pour un coût estimé à plus d'un million d'euros.
Un patrimoine baroque en péril
Les édifices religieux de Saint-Martin-Vésubie sont baroques à double titre. D'une part, ils foisonnent d'angelots en stuc, de sculptures en trompe-l'œil et de fresques lumineuses, offrant un décor emblématique du Comté de Nice au XVIIe siècle. D'autre part, ils sont tellement abîmés et déformés qu'ils en deviennent irréguliers et dramatiques.
« L'humidité ronge les intérieurs des chapelles des pénitents noirs et blancs – classées Monuments historiques – de la Trinité et de Saint Roch, ainsi que l'église paroissiale Notre-Dame de l'Assomption », énumère Jean-Christophe Teobaldi. Après sa prise de fonction en mars, le nouveau maire, géographe de profession, a découvert avec stupéfaction l'ampleur de l'urgence. « Boiseries, dorures, sculptures et tableaux sont en danger. Plus grave encore : ce sont les structures mêmes du bâtiment qui n'envoient pas des signaux rassurants. Au-delà de la dimension patrimoniale, ça devient un enjeu de sécurité publique. »
Un plan d'action pour sauver les édifices
À la suite d'une réunion le 15 avril, l'édile a réaffirmé le soutien de l'Agence 06, organe départemental conseillant les petites communes pour la maîtrise d'ouvrage et les autorisations d'urbanisme. « Ils vont nous aider à trouver des subventions pour ces travaux qui auraient dû être entamés bien avant – les dernières rénovations datent des années 1990. Les interventions n'ont cessé d'être reportées. Je sais qu'avec la tempête Alex, la priorité de mon prédécesseur était ailleurs. Mais si on ne fait rien d'ici la fin du mandat, on risque d'avoir des effondrements ou, a minima, une fermeture au public », met-il en garde.
Frédéric Appiano, curé de la paroisse de la Vésubie, partage cette inquiétude. « Une fermeture serait une mauvaise nouvelle. Il est important que les habitants puissent se retrouver pour les baptêmes, les mariages et les enterrements. Il est déjà assez difficile pour eux de ne pas pouvoir accéder au sanctuaire de la Madone de Fenestre [la route étant fermée depuis 2023]. »
Le prêtre relate qu'après la tempête Alex en 2020, comme dans tous les villages touchés, tout le monde s'est soudain inquiété du patrimoine. « Ça a été très révélateur de l'état de délabrement. C'était alarmant. Dans l'église paroissiale, une simple barrière a été installée pour empêcher l'accès à l'une des ailes. » Mais là encore, la priorité a été donnée à la sécurisation du village et à l'édification des berges.
« Maintenant que ces chantiers sont en voie d'être achevés, nous allons nous concentrer – parmi d'autres dossiers urgents – sur ces restaurations », annonce le maire, promettant que « tout sera entrepris durant les six prochaines années. Nous devons sauver l'église et les chapelles, c'est un pan de notre identité. »
L'impact du dérèglement climatique
Jérôme Bracq, à la tête du service du patrimoine culturel du Département des Alpes-Maritimes, dresse une autopsie inquiétante : « Les édifices sont en mouvement, les dalles se soulèvent, se chevauchent. » Il impute ces dégâts au dérèglement climatique : « Les sols se gorgent d'humidité puis se rétractent sous le coup des épisodes de sécheresse, toujours plus longs et intenses. Cette alternance entraîne d'importants dégâts. »
Autre responsable, l'imperméabilisation des sols empêche à l'humidité de circuler naturellement. « Cherchant à s'écouler, elle trouve les murs pour seul conduit et remonte par capillarité. Il y a un effet de mèche. Des drainages devront être menés », prévient l'expert.
Sans qu'une étude ne permette encore d'établir le coût des travaux, il estime que pour l'église et la chapelle des pénitents blancs, il faudra 500 000 euros chacune. « Un véritable effort pour les petites communes, les plus pauvres du département, qui, note-t-il, sont proportionnellement mieux pourvues en patrimoine religieux que les grandes villes, plus riches. Nos villages piémontais ont pour particularité d'avoir des édifices surdimensionnés. Les chapelles font la taille des églises, et les églises ressemblent à des cathédrales. »
Ce qui annonce – plus encore, exige – de vastes chantiers : deux tiers des édifices protégés sont en mauvais état, voire en très mauvais état.
D'autres priorités pour le mandat
Outre la restauration du patrimoine religieux, le mandat du maire aura aussi pour priorités : la reconstruction du cimetière, l'ouverture d'un cabinet médical et d'un centre de secours.



