François Morellet au Centre Pompidou-Metz : raison et déraison
Morellet à Metz : entre raison et déraison

Le Centre Pompidou-Metz propose une plongée dans l'univers de François Morellet, figure majeure de l'abstraction géométrique et de l'art cinétique. L'exposition, intitulée "Raison et déraison", met en lumière la dualité qui traverse l'œuvre de l'artiste : d'un côté, une approche rigoureuse, presque mathématique, de la création ; de l'autre, une liberté jubilatoire qui frôle parfois l'absurde.

Un parcours en deux temps

L'accrochage se déploie sur deux niveaux. Le premier étage est dédié aux œuvres où la raison domine : trames, grilles, répétitions systématiques de formes géométriques. Morellet y utilise des protocoles stricts, comme le hasard ou les règles de jeu, pour générer des compositions. Le visiteur découvre ainsi des pièces emblématiques des années 1960, où l'artiste explore les possibilités de la ligne et du cercle.

Au deuxième étage, c'est la déraison qui prend le dessus. Les œuvres se font plus ludiques, plus provocatrices. Des néons tordus, des toiles découpées, des installations qui jouent avec l'espace et la perception. Morellet y revendique un "art de l'humour" et n'hésite pas à saborder ses propres systèmes. Cette section montre comment l'artiste, après avoir poussé la logique à son extrême, en révèle les limites et les contradictions.

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Une scénographie immersive

La commissaire d'exposition, Camille Morineau, a conçu un parcours immersif qui invite le public à expérimenter physiquement les œuvres. Des jeux de miroirs, des sols peints, des dispositifs interactifs permettent de ressentir les vibrations et les illusions d'optique chères à l'artiste. "L'idée est de faire entrer le visiteur dans la pensée de Morellet, de lui faire vivre cette tension entre ordre et désordre", explique-t-elle.

L'exposition rassemble plus de 150 œuvres, issues de collections publiques et privées, dont certaines rarement montrées. Elle retrace soixante ans de création, des premières toiles abstraites des années 1950 jusqu'aux installations monumentales des années 2000. Des archives, des films et des documents sonores complètent le propos.

Un dialogue avec l'architecture

Le bâtiment du Centre Pompidou-Metz, conçu par Shigeru Ban et Jean de Gastines, offre un écrin idéal pour les œuvres de Morellet. La verrière, les formes organiques du toit, les jeux de lumière naturelle entrent en résonance avec les lignes géométriques et les transparences des pièces exposées. Certaines installations ont été spécialement créées pour le lieu, comme une immense fresque murale qui dialogue avec la structure du bâtiment.

François Morellet, décédé en 2016, reste une figure incontournable de l'art contemporain. Son œuvre, souvent qualifiée de "systématique", n'a cessé de brouiller les frontières entre le sérieux et le ludique, le calcul et l'instinct. L'exposition du Centre Pompidou-Metz, à voir jusqu'au 31 janvier 2027, est une invitation à se perdre dans ce labyrinthe de raison et de déraison.

Pour les amateurs d'art abstrait et de démarches conceptuelles, cette rétrospective est une occasion unique de redécouvrir un artiste qui a marqué son époque. Elle s'adresse aussi à un public plus large, curieux de voir comment des formes simples peuvent engendrer une infinie complexité. À ne pas manquer.

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