La Philharmonie de Paris offre une « carte blanche » à la marimbiste Vassilena Serafimova, lors d’un week-end entièrement consacré au marimba du 29 au 31 mai prochains. À cette occasion, elle donnera plusieurs concerts, accompagnée du Quatuor Ardeo, du pianiste Thomas Enhco et de la musicienne électro Chloé Thévenin. Rencontre avec un phénomène !
Des débuts au violon
Vassilena Serafimova est née dans une famille de musiciens à Pleven, en Bulgarie. Son père est professeur de percussions, sa mère musicologue. Elle commence à chanter à trois ans dans une chorale, puis annonce à ses parents qu'elle veut jouer du violon. Intégrant une école sur le modèle russe, elle y étudie les matières générales le matin et la musique l'après-midi. Malheureusement, un professeur la dégoûte du violon.
Passage aux percussions
Sa sœur aînée pratiquait les percussions. Vassilena commence à jouer du xylophone en cachette. Son père l'entend et l'invite à rejoindre son cours collectif, une classe ludique où les enfants rient et jouent. À six ans et demi, elle découvre une multitude d'instruments aux sonorités variées.
Un concours décisif
À 17 ans, elle remporte le grand prix du concours « La musique et la terre » à Sofia. Dans le jury se trouve la pianiste française Chantal Stigliani, qui deviendra une fée marraine pour elle. Stigliani l'invite à Paris pour trois concerts avec ses parents. Vassilena, qui rêvait d'étudier à Munich, voit ses plans s'effondrer lorsqu'elle n'est pas acceptée. Elle arrive à Paris, en tombe amoureuse en marchant sur le Pont-Neuf, et décide d'y rester.
Débuts difficiles à Paris
Ne parlant pas français, elle est soutenue par Chantal Stigliani, qui la présente à Sylvio Gualda, grand percussionniste de l'Opéra de Paris. Pour gagner sa vie, elle joue du xylophone devant Notre-Dame, sans se sentir comme une mendiante. La police lui demande poliment de partir. Stigliani lui organise des concerts et l'aide à obtenir des bourses de la Fondation Banque Populaire.
Le projet Pixis
Chantal Stigliani associe Vassilena au projet Pixis, qui réunit des jeunes artistes de disciplines variées : mimes, musiciens, scénographes, comédiens, photographes, marionnettistes et philosophes. Ces expérimentations nourrissent son imagination pour les concours internationaux.
La World International Marimba Competition
Lors de la compétition de Stuttgart, considérée comme les Jeux olympiques du marimba, Vassilena se détache de la technique stricte grâce aux expériences de Pixis. Elle transmet au jury des images et des histoires, ce qui lui permet de gagner. Vingt ans après, elle y retournera comme membre du jury.
Une relation unique avec le marimba
Pour Vassilena, le marimba est bien plus qu'un instrument : il représente la pulsation de la vie. Avec ses 12 octaves et 70 touches, il lui offre un langage d'expression unique. À 13 ans, elle dormait avec son premier instrument, acquis grâce à ses économies. « Le marimba exprime ce que l'âme ressent », dit-elle. En langue bantoue, marimba signifie « le bois qui chante ».
Rencontre avec Thomas Enhco
Gisèle Magnan les présente, convaincue que leurs claviers peuvent dialoguer. Depuis dix ans, ils ont enregistré deux albums : Funambule (Deutsche Grammophon, 2016) et Black Mirror (Sony). Le 30 mai, ils créeront leur troisième programme à la Philharmonie, qui donnera probablement lieu à un troisième disque.
Collaboration avec Chloé Thévenin
Avec Chloé, c'est Vassilena qui fait un pas vers l'univers de la musique électronique, qu'elle ne connaissait pas. Elles travaillent d'abord sur un projet hommage à Steve Reich (Variations). Le courant passe, une amitié naît. Elles réinterprètent Music for Mallet Instruments, Voices and Organ en une version de 22 minutes. Xavier Veilhan les invite à la Biennale de Venise, où elles posent les bases sonores de leur album. Chloé sera présente à la carte blanche de la Philharmonie et à celle du théâtre de Poissy le 27 mai. Vassilena invite également un chœur de femmes bulgares, dont Chloé recompose les chants traditionnels.
Projets à venir
En octobre, avec Chloé, elles relèvent un défi pour le projet Classique Mix de Radio France : réinterpréter la Cinquième Symphonie de Sibelius avec l'Orchestre National de France. Le concert aura lieu le 23 octobre.
L'album Melodies in a bottle
Sorti chez Dolce Volta, cet album est né d'une rencontre avec le Quatuor Ardéo, via les Concerts de Poche et Gisèle Magnan. Après un premier projet autour de Carmen, Vassilena tombe sous le charme de leur approche sensuelle de la musique. L'album s'articule autour du compositeur Jean Cras, officier de marine qui voyageait avec un balafon. Elle intègre aussi des Danses sacrées et profanes de Debussy, des pièces d'Erik Satie, Arvo Pärt et Gershwin. Le titre évoque l'univers marin de Cras et symbolise la musique comme un message adressé à l'univers.



