Le 24 octobre 2025, Jacqueline Jacob avait été mise en examen pour « association de malfaiteurs », soupçonnée d’être un des corbeaux qui ont harcelé la famille Villemin. Ce serait la cinquième invalidation de poursuites dans ce dossier chaotique : 41 ans après le meurtre de Grégory Villemin, les juges étudient mercredi à Dijon une possible annulation de la mise en examen de sa grand-tante, soupçonnée d’être un corbeau.
« Association de malfaiteurs »
Deux avocats de cette dernière, et trois des parents de Grégory, parties civiles, ont rejoint vers 11H sans mot dire la chambre de l’instruction de la Cour d'appel de Dijon, qui étudie à huis clos la demande en annulation de la mise en examen de la grand-tante, moins d’un an après qu’elle a été prononcée.
Le 24 octobre 2025, Jacqueline Jacob avait été mise en examen pour « association de malfaiteurs », soupçonnée d’être un des corbeaux qui ont harcelé la famille Villemin. La grand-tante de 81 ans aurait notamment écrit la lettre anonyme qui a revendiqué l’assassinat de Grégory, retrouvé noyé à l’âge de quatre ans le 16 octobre 1984 dans la Vologne, une rivière des Vosges. « Voilà ma vengeance. Pauvre con », disait le courrier.
Un simple vice de forme… mais des indices
Dès le début de l’enquête, les investigations pointaient du doigt la haine farouche que se vouaient les époux Villemin et les Jacob, famille de la grand-mère de Grégory. Déléguée CGT, Jacqueline Jacob aurait été entendue en 1982 traiter de « chef de mes couilles » Jean-Marie Villemin, le père de Grégory. Contremaître à seulement 26 ans, la réussite de ce dernier suscitait des jalousies.
Bien que les Jacob n’aient cessé de démentir tout conflit, Jacqueline Jacob, dont l’époux Marcel est un frère de la grand-mère du petit garçon, avait été mise en examen en 2017 pour « enlèvement et séquestration suivie de mort ». Un an plus tard, les poursuites étaient annulées. Mais les accusateurs de Jacqueline Jacob soulignent que cette annulation reposait sur un simple vice de forme et non un manque d’indices. De plus, estiment-ils, de nouveaux éléments ont, depuis, étayé les accusations.
Des expertises encore en cours
Selon un arrêt que l’AFP a pu consulter, une expertise conduite en 2021 par un spécialiste suisse attribue à Jacqueline Jacob non seulement la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le crime, mais également trois autres de 1983, dont une qui menaçait les Villemin en ces termes : « Je vous ferez votre peau » (sic). Mais, rétorque l’un des avocats de Jacqueline Jacob, Me Frédéric Berna, « plus d’une vingtaine » de corbeaux ont été identifiés par les nombreuses expertises contradictoires de l’enquête. Dénonçant « une farce », la défense de Jacqueline Jacob demande l’annulation de cette nouvelle mise en examen devant les juges dijonnais en charge du dossier.
Si elle obtient gain de cause, « ce serait la cinquième fois » que des poursuites sont annulées, calcule Me Berna en évoquant le « fiasco » de l’enquête : en 1993, la mère Christine Villemin a bénéficié d’un non-lieu après avoir été accusée d’être, elle aussi, un corbeau ; en 2018, outre la mise en examen de Mme Jacob, étaient également annulées celles de son mari Marcel, et de Murielle Bolle, belle-sœur d’un suspect, Bernard Laroche, qui a lui été tué par le père de Grégory. Ce n’est pas sur le fond que Me Berna demande l’annulation de la mise en examen, mais sur la forme : Jacqueline Jacob n’a pas eu suffisamment le temps de s’expliquer lors de l’interrogatoire qui a conduit à sa mise en examen, et les faits sont prescrits, estime-t-il.
Les juges dijonnais ne devraient pas rendre leur décision avant plusieurs mois. De toute façon, Me Berna compte se pourvoir en cassation, en cas de revers. Que la défense de Jacqueline Jacob n’attaque pas le fond, cela veut dire qu’elle « admet le sérieux des indices graves et concordants ciblant leur cliente », en conclut François Saint-Pierre, avocat des parents de Grégory. Le conseil rappelle que des expertises des courriers anonymes sont toujours en cours. « Si elles concluent à l’implication de Jacqueline Jacob, alors elle encourra une mise en examen pour complicité d’assassinat », estime l’avocat. « Il faut que la vérité éclate et que la justice se prononce. »



