C’est une belle journée d’avril, sur la place du Marché Sainte-Catherine (Paris 4e). Il y a du monde aux terrasses, des flâneurs qui profitent de la douceur printanière. Quand soudain, une musique se fait entendre… Une enfant joue les chefs d’orchestre depuis une fenêtre, des violonistes attablés activent leurs archets… Les premières notes de « Regarde ! », la chanson française pour l’Eurovision 2026. Lou Deleuze, gagnante en titre de l’Eurovision Junior, micro en main et commence à chanter. Sur les visages du public du jour, on peut voir des sourires ou lire de l’étonnement.
Deux hommes débarquent, portant une espèce d’énorme fleur non ouverte, qui ne tarde pas à éclore pour révéler celle qui se cachait à l’intérieur : Monroe, qui représentera la France en finale de l’Eurovision le 16 mai… La scène se complète au fur et à mesure avec des danseurs, et des musiciens qui viennent rejoindre les chanteuses…
Un gros travail de préparation
Voilà ce que l’on peut voir sur la dernière vidéo des Violin Phonix postée ce lundi. Un flashmob dont le duo, Christopher Cohen, 31 ans, et Maxime Morise, 32 ans, a le secret. Ce concept leur a permis de conquérir rapidement 7 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, dont la moitié sur Instagram. Généralement, les deux violonistes interprètent des reprises lors de ces happenings viraux mais, ce samedi-là, c’est le morceau qu’ils ont co-composé pour l’Eurovision qu’ils mettent en avant. « C’est une façon de porter la chanson, de la faire vivre », souligne Maxime Morise que 20 Minutes a rencontré la veille du tournage.
Pendant que notre entretien se déroulait à la terrasse d’un café de la place du Marché Sainte-Catherine, les équipes techniques, en arrière-plan, procédaient à des tests et vérifications. Car, si la vidéo publiée joue la carte de la spontanéité, elle n’a rien d’improvisé. Les préparatifs ont pris un bon mois de travail. Outre les autorisations nécessaires à obtenir auprès de la mairie et de la préfecture, il a fallu toquer aux portes des riverains, prendre leurs contacts, leur expliquer le projet et leur demander s’il était possible de filmer depuis chez eux ou d’y installer des musiciens… Il fallait aussi anticiper la figuration.
Des surpris
Certains passants ou clients des cafés se sont retrouvés par hasard sur le lieu du tournage et ont véritablement été surpris. Mais, parmi les gens qui apparaissent dans la vidéo, un certain nombre savait déjà qu’il allait se passer quelque chose. C’est le cas d’Erwann, 23 ans, venu du 18e arrondissement. « Le podcast 12 points, qui parle d’Eurovision, a partagé un lien Google pour participer au tournage du flashmob. C’était un formulaire basique, où il fallait renseigner son identité et s’inscrire pour le créneau de 14h30 ou celui de 17h30 », détaille-t-il à 20 Minutes.
« Ce sera un samedi très long, nous avaient prévenus les Violin Phonix. Ça dure à peu près toute la journée. Il n’y a pas beaucoup d’installations mais il y a une cinquantaine d’artistes (danseurs, choristes, musiciens…) qu’il faut briefer, placer… Et on va faire plusieurs prises. » Quand Erwann est arrivé, le tournage avait déjà commencé. « Dans un premier temps, il y a dû avoir quatre ou cinq prises du même moment avec Monroe et Lou Deleuze, les deux violonistes et les danseurs et danseuses, raconte-t-il. Puis il y a eu une longue pause. Deux gars nous demandaient de sourire, de chanter de taper dans les mains, de faire le "chut", etc... Et ils filmaient à l’iPhone les gens réunis autour de la place. Mais sinon, on n’a pas eu de consignes particulières et la place était accessible librement. J’ai passé un super moment. Les chorés étaient super cool et certaines personnes avaient l’air ravi d’être tombées dessus par hasard. »
Comme au cinéma…
Le dispositif de ce tournage-là s’appuie également sur une quinzaine de caméras, mobiles ou fixées sur les lampadaires ou placées aux fenêtres des immeubles. Peu de place sur l’improvisation, donc. Mais le public friand des vidéos des flashmobs de Violin Phonix n’est pas dupe, si chacune commence de manière réaliste, on comprend bien évidemment que les chanteurs et musiciens ne déboulent pas sur place comme par magie. La suspension d’incrédulité fait son œuvre.
« Le côté réaliste permet d’entrer dans une histoire et de se laisser emporter. C’est comme aller voir un film au cinéma : quand on entre dans la salle, on accepte de croire à l’histoire. Ce qui n’est pas le cas sur les réseaux sociaux. Donc il faut recréer cette dynamique », explique Maxime Morise.
Chaque flashmob est « un énorme terrain de jeu », estime Christopher Cohen : « Comme il n’y a pas de délimitation entre une scène et un public, ça fait que tout le monde fait un peu partie de la scène. Les gens se placent comme ils veulent. C’est un show immersif. Le public fait presque partie du spectacle. »
Les Violin Phonix se réjouissent ainsi des réactions des spectateurs, notamment de ceux qui ne sont pas au courant du tournage : « On voit des expressions de surprise, de joie, des gens qui sont un peu pris au dépourvu… Au final, par les temps qui courent, ça fait du bien d’avoir des choses un peu simples et de se réunir autour de la musique. Cela en appelle à l’universalité, c’est l’idée de faire quelque chose en étant ensemble. Les gens qui viennent kiffent, mais nous aussi, on kiffe, même si la préparation est intense. »



