Publié le 15 mai 2026 aux éditions La 21ème saison, le nouveau roman de Jacques Marlier, "Uranium de nos villages", plonge le lecteur au cœur d’un bras de fer sociétal autour de la possible réouverture des mines d’uranium à Lodève. Entre enquête de terrain et révolte écologique, Antoine, le personnage principal, dissèque les fractures d’un territoire rural face aux géants de l’énergie.
Une rumeur qui devient intrigue
“Il paraît qu’ils veulent rouvrir les mines.” Cette rumeur, qui sonne comme un coup de tonnerre dans le Lodévois, est le point de départ du roman. Fermés à la fin des années 1990, les anciens sites d’exploitation minière reviennent au centre des préoccupations. Un scénario de pure fiction ? Pas si sûr, selon l’auteur : “La réalité, c’est la précarité actuelle et future de l’approvisionnement d’uranium pour la France. On ne peut plus l’exploiter au Niger depuis le putsch de 2023, et notre principal fournisseur est le Kazakhstan, qui a 6 000 km de frontières avec la Russie. C’est un équilibre très fragile”, explique-t-il.
Réactions à la Comédie du livre
La promotion de son roman à la Comédie du livre de Montpellier a suscité de nombreuses réactions, tant de la part des locaux que des scientifiques. “Des gens se sont arrêtés au stand pour me parler des problèmes de santé qui pèsent sur la population comme la leucémie par exemple”, raconte Jacques Marlier. Et d’ajouter : “Une dizaine de géologues m’ont contacté sur le réseau professionnel LinkedIn pour me dire que c’était un scénario tout à fait envisageable. C’est dans l’actualité !”
Un journaliste face au mur de l’éthique
Dans le roman, Antoine, jeune journaliste, arrive à Lodève envoyé par sa rédaction, ignorant que l’actionnaire majoritaire de son journal possède aussi des parts dans le projet d’exploitation minière. “J’ai voulu mettre en scène les problèmes d’éthique comme la mainmise de grands groupes sur la presse. Antoine va avoir un problème d’éthique parce qu’il va prendre en sympathie le collectif d’opposants et ne peut pas écrire l’article à charge que lui réclame son rédacteur en chef.” Un roman de société à la frontière du réel, mais Jacques Marlier relativise : “Heureusement c’est un roman, ça reste une fiction et l’espoir est permis !”
Un autre roman en attente
“L’Étang Salé” sera le prochain roman de Jacques Marlier. Alors qu’il cherche encore son éditeur, cet ouvrage “racontera l’histoire d’un expert en cybersécurité manipulé par une organisation secrète se faisant passer pour le gouvernement. Il sera amené, malgré lui, à commettre un attentat”, confie-t-il.
L’histoire de la COGEMA à Lodève
Les premiers travaux de reconnaissance des gisements d’uranium débutent à la fin des années 1950 sur les communes du Puech, de Saint-Jean-de-la-Blaquière et du Bosc. En 1966, la concession du Lodévois est officiellement accordée au CEA, avant que la Compagnie générale des matières nucléaires (COGEMA) n’en reprenne la gestion à sa création en 1976, devenant le principal employeur de la région. L’exploitation se déploie sur un domaine de 300 hectares, combinant 46 kilomètres de galeries souterraines au Mas-Lavayre et des chantiers à ciel ouvert au Mas d’Alary. Puis, elle s’étend à partir de 1989 vers les gisements de Rabejac, des Mares (1990) et du Puech Buissou (1991).
Jugé non compétitif dès la fin des années 1980, le site ralentit sa production jusqu’à l’arrêt des recherches en 1995, suivi de la fin de l’extraction au Mas-Lavayre en mai 1997 et de la fermeture de l’usine de traitement en juillet de la même année. Au total, l’exploitation de ces 16 mines à ciel ouvert et des chantiers souterrains, étalée de 1959 à 1997 principalement sur le site du Bosc, aura permis d’extraire 14 630 tonnes d’uranium. Les opérations de démantèlement et de mises en sécurité menées entre 1998 et 2002 ont conduit à l’enfouissement de 4,1 millions de tonnes de résidus.
Depuis le 23 mai 2018, une centrale solaire photovoltaïque est installée sur les anciens sites miniers. Mais des associations comme ADN34 ont pointé du doigt des taux de radioactivité anormalement élevés et ont dénoncé l’inaction d’Orano, qui dément tout risque pour les passants.
“Uranium de nos villages”, de Jacques Marlier, éditions La 21ème saison, 204 pages, 21 €.



