Dans le cadre du projet Fraise, la chanteuse et compositrice Barbara Carlotti est intervenue auprès des élèves du lycée Clemenceau à Montpellier pour discuter des coulisses du métier d'artiste et de l'évolution de la création musicale. Lors de trois séances, elle a abordé des sujets tels que les contrats, les conditions de travail et l'impact de l'intelligence artificielle sur leur future pratique.
Une rencontre initiée par un professeur
Barbara Carlotti a été sollicitée par Hervé Cayol, professeur au lycée Clemenceau, qu'elle croise régulièrement lors de ses concerts. Ce dernier lui a présenté une classe unique où les élèves partagent leur temps entre enseignement classique, pratique artistique et cours d'économie de la culture. L'invitation s'inscrivait dans la résidence de l'artiste à Fraise.
« Nous avons abordé l'envers du décor : le milieu de la musique, les contrats, les conditions de travail, et toute la dimension presque industrielle du secteur pour leur donner des repères », explique-t-elle.
Un atelier de création collective
Lors d'une après-midi, les élèves se sont emparés de l'une des chansons de Carlotti. Les musiciens, dirigés par une cheffe de chœur, les danseurs et les comédiens ont collaboré pour transformer le titre en un court tableau de comédie musicale. « C'était un très beau moment d'effervescence collective », se souvient l'artiste.
Les lycéens interrogent sur l'intelligence artificielle
Les élèves ont surpris Barbara Carlotti par leurs questions pointues sur l'intelligence artificielle. « Ils sont très conscients que la création traverse une période critique et que l'IA bouscule profondément le contexte de leur future pratique », souligne-t-elle. « Ils savent que nous vivons une révolution. »
Un rapport à la musique transformé par le numérique
Interrogée sur les différences générationnelles, Carlotti note que les lycéens ont grandi avec les réseaux sociaux et le streaming. « Quand j'ai commencé il y a vingt ans, les plateformes n'en étaient qu'à leurs balbutiements », rappelle-t-elle. « Aujourd'hui, l'accès à la musique en ligne offre un champ d'exploration infiniment plus vaste, mais aussi beaucoup plus fragmenté. »
Elle précise que ces élèves, étudiant l'art, ont une écoute plus active que la moyenne, mais que leur environnement de diffusion n'a plus rien à voir avec celui de sa génération.
La transmission de pair à pair, indispensable
Pour Barbara Carlotti, l'apport des artistes en milieu scolaire réside dans une expérience de terrain concrète. « Cette transmission de pair à pair est essentielle », affirme-t-elle. « Partager le quotidien d'artistes qui ont fait des disques, connu des scènes et traversé des processus de création permet d'ancrer la réalité de ce métier. »
Elle cite l'exemple de Philippe Katerine ou Catherine Ringer qui l'ont aidée à ses débuts : « C'est un relais indispensable. »
Des aspirations éloignées des stéréotypes
Contrairement à l'image de la recherche de célébrité rapide, Carlotti a trouvé les lycéens « extrêmement éveillés, attentifs et respectueux ». « Aucun de ceux avec qui j'ai discuté ne cherche à devenir riche rapidement », observe-t-elle. « Ils veulent être au bon endroit avec eux-mêmes, développer ce qui les anime profondément. »
À une élève hésitant entre chant, comédie et dessin, elle a conseillé : « Ne choisis surtout pas, explore tout et laisse le temps faire le tri. C'est un âge d'éclosion magnifique. »



