Dans un entretien accordé à Libération, l'anthropologue Jeanne Favret-Saada, née en 1934, revient sur son parcours intellectuel et son intérêt constant pour les vies singulières. Figure majeure de l'ethnologie française, elle est connue pour ses travaux sur la sorcellerie dans le bocage mayennais, mais aussi pour ses recherches sur la psychanalyse et la religion.
Un parcours marqué par l'altérité
Jeanne Favret-Saada explique que ce sont les destins individuels qui l'ont toujours fascinée, bien plus que les grandes structures sociales. « Ce sont les vies singulières qui m'intéressent », déclare-t-elle. Elle raconte comment son expérience de terrain, notamment auprès des paysans mayennais, l'a amenée à repenser les catégories anthropologiques classiques. Son livre Les Mots, la mort, les sorts (1977) est devenu un classique, analysant les discours de sorcellerie comme des systèmes de communication et de pouvoir.
L'influence de la psychanalyse
L'anthropologue évoque également l'apport de la psychanalyse dans sa réflexion. Formée à l'école lacanienne, elle a intégré des concepts psychanalytiques à son approche ethnographique, ce qui lui a permis de saisir la dimension inconsciente des croyances et des pratiques. Elle souligne que la psychanalyse lui a offert des outils pour comprendre comment les individus vivent leur singularité au sein de groupes sociaux.
Une œuvre tournée vers l'humain
Au fil de l'entretien, Jeanne Favret-Saada insiste sur l'importance de l'écoute et de l'attention portée aux récits personnels. Elle critique certaines tendances de l'anthropologie contemporaine qui, selon elle, négligent la subjectivité des acteurs. Son travail, marqué par une grande rigueur méthodologique, n'a jamais perdu de vue l'objectif de rendre compte de l'expérience humaine dans toute sa complexité.
L'entretien aborde aussi ses recherches plus récentes sur le pentecôtisme et les phénomènes de possession, où elle continue d'explorer les frontières entre le religieux et le psychique. Pour elle, chaque croyance est une tentative de donner sens à l'existence, et chaque vie singulière est une fenêtre sur les grands enjeux de notre temps.
Jeanne Favret-Saada, aujourd'hui âgée de 90 ans, reste une voix essentielle dans le paysage intellectuel français. Son message est clair : l'anthropologie doit rester une science humaine, attentive aux détails et aux histoires uniques qui font la richesse de notre monde.



