60 ans des Demoiselles de Rochefort : Rosalie Varda évoque la magie du film
60 ans des Demoiselles de Rochefort : Rosalie Varda témoigne

En 2026, la ville de Rochefort célèbre les 60 ans du tournage du film culte de Jacques Demy. Sa fille, Rosalie Varda, revient sur la magie intemporelle que véhicule ce long-métrage. Ces vendredi 29 et samedi 30 mai, Rochefort va fêter en grande pompe l’anniversaire des 60 ans du tournage du film, notamment au pont transbordeur et sur la place Colbert. L’occasion de donner la parole à Rosalie Varda, fille du réalisateur Jacques Demy et témoin direct des coulisses de ce chef-d’œuvre.

Un film qui fait du bien

Que représente ce film pour vous aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après sa création ?

Il est ce que j’appelle un « film qui fait du bien ». Cela fait vraiment partie de ces œuvres cinématographiques dont on a le sentiment qu’il est important de les connaître et que l’on aime profondément revoir. Au fil du temps, « Les Demoiselles de Rochefort » est devenu un peu la madeleine de Proust de beaucoup de générations. C’est un long-métrage qui, les jours où l’on ne va pas bien, redonne de l’espoir dans la vie. Sa force vient de sa portée universelle. C’est un film d’une très grande poésie. Il recrée une réalité qui n’est peut-être pas la vraie vie, mais il le fait avec une telle justesse poétique que le spectateur peut facilement s’y identifier. C’est fascinant de voir des œuvres comme celle-ci, qui traversent non seulement les décennies mais aussi les pays. Soixante ans après, partout dans le monde, des gens m’arrêtent pour me parler des « Demoiselles ».

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Un cinéma populaire et accessible

Votre père, Jacques Demy, assumait la volonté de faire un cinéma « populaire ». Pensez-vous que c’est le secret de cette incroyable longévité ?

Oui, il a toujours été un homme qui aimait faire un cinéma populaire. Aujourd’hui, on accole parfois une connotation négative à ce terme, ce que je trouve horrible. Dans l’esprit de Jacques, cela signifiait faire un cinéma qui parle à tout le monde, qui rejette l’élitisme. Il a toujours eu cette envie viscérale d’accessibilité. Et ce qui est magnifique par rapport à lui, c’est de voir qu’aujourd’hui son cinéma continue de toucher de nouvelles générations. Des jeunes filles de 20 ans m’en parlent encore, et j’en suis émerveillée. L’adaptation en spectacle musical [actuellement au théâtre du Lido à Paris] a d’ailleurs extrêmement bien fonctionné, avec plus de 110 000 spectateurs, précisément parce qu’elle véhicule cette même énergie et parle directement au cœur des gens.

Une représentation poétique complexe

Dans le cinéma et la réalisation de Jacques Demy, on se laisse dire qu’il orchestre une forme de fuite de la réalité. Partagez-vous cette analyse ?

Ce n’est jamais aussi simple. Mon père disait souvent que la réalité est complexe. Derrière la légèreté apparente et l’univers très coloré de ses films, il y a beaucoup plus de choses. L’œuvre regorge de messages profonds, de mélancolie et de rêve. Jacques était quelqu’un qui aimait énormément la vie, l’amour, la poésie. Il était profondément attaché à l’idée de l’amour parfait, à cette quête d’une histoire d’amour sans défaut et à son idéal féminin. Donc, non, ce n’est pas une fuite, c’est plutôt une représentation poétique bien plus complexe que ce que l’on veut bien croire au premier regard.

Souvenirs d’enfance sur le tournage

Vous étiez présente sur le tournage à Rochefort il y a soixante ans. Quels souvenirs d’enfance en gardez-vous ?

J’avais 7 ans à l’époque du tournage. J’en garde des souvenirs très vifs, j’ai d’ailleurs encore des photos de moi sur le plateau. Ce sont les souvenirs d’une petite fille totalement émerveillée d’être là, sur la place Colbert, entourée par la musique et les danseurs. J’avais une sorte de vénération pour Catherine Deneuve et Françoise Dorléac. C’étaient des amies de mes parents, et je les regardais avec de grands yeux d’enfant fascinée. Ma mère filmait aussi beaucoup à l’époque. Elle avait pris l’habitude de capter les coulisses du tournage avec sa caméra 16 millimètres, ce qui a d’ailleurs donné plus tard le documentaire « Les Demoiselles ont eu 25 ans ».

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Préserver la mémoire et célébrer l’anniversaire

Vous travaillez activement à préserver la mémoire et surtout le travail de vos parents. Quels sont les projets en cours autour de ce 60e anniversaire ?

Effectivement, avec mon frère Mathieu, c’est ce que nous faisons au quotidien, nous continuons à faire vivre leurs œuvres. Pour cet anniversaire, un beau livre, écrit par les sœurs Elsa et Natacha Wolinski, vient de paraître. Il y a également le festival Sœurs jumelles, mené par Julie Gayet à Rochefort, auquel nous sommes ravis d’avoir pu prêter l’image du film, avec un petit clin d’œil que je trouve tout à fait charmant. Malheureusement, je ne pourrai pas être présente à Rochefort en juin cette année car je suis retenue au festival du film de Biarritz, mais je l’espère vraiment pour 2027. Car si cette année nous fêtons les 60 ans du tournage de 1966, l’année prochaine nous aurons l’occasion de fêter les 60 ans de la sortie du film en salles, en 1967 ! Programme complet à retrouver sur www.ville-rochefort.fr.