Dans l’écrin singulier de l’ancienne église Notre-Dame des Forges, une exposition célèbre dans les Landes les 90 ans du Front populaire à travers le regard de Willy Ronis. Un dialogue subtil entre grande histoire sociale et mémoire ouvrière locale.
Un photographe humaniste
À première vue, le nom de Willy Ronis (1910-2009) ne s’impose pas immédiatement lorsqu’il s’agit d’évoquer le Front populaire. « C’est vrai que d’autres photographes viennent plus spontanément à l’esprit, comme Robert Capa ou David Seymour, explique Philippe Courtesseyre, directeur de la vie culturelle et sportive de Tarnos. Mais on l’a choisi parce qu’il entretient un lien très marquant avec cette période. »
Rembobinons. Entre 1934 et 1936, tandis que se construit le Front populaire et qu’émerge un puissant mouvement social destiné à transformer le quotidien ouvrier, réduire le temps de travail et ouvrir l’ère des congés payés, un jeune homme nommé Willy Ronis vit lui aussi une bascule intime. En 1932, il reprend à contrecœur l’atelier photographique de son père gravement malade, alors qu’il se rêvait musicien. À la mort de ce dernier, en 1935, le studio endetté est liquidé. Délesté de cette activité, Ronis se tourne pleinement vers la photographie de rue et le reportage, où s’affirme progressivement son regard humaniste. « On trouvait riche ce parallèle entre l’émergence du Front populaire et celle de Willy Ronis photographe », ajoute Philippe Courtesseyre.
Images iconiques
À l’heure des 90 ans du Front populaire, l’exposition réunit une soixantaine de tirages issus du fonds de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. On y retrouve des images iconiques : la petite fille au bonnet phrygien, poing levé sur les épaules de son père le 14 juillet 1936 ; Rose Zehner haranguant les ouvrières chez Citroën ; ou encore le petit garçon au nounours émergeant de son sac à dos, immortalisé gare de Lyon. Trois clichés qui traversent les trois chapitres structurant le parcours : l’émergence du Front populaire, où se conjuguent élan social et naissance du regard de Willy Ronis ; l’époque des luttes ouvrières et des grandes grèves, des usines Citroën aux mines de Saint-Étienne ; et « Le temps conquis », celui des loisirs, des colonies de vacances et des premiers départs estivaux.
Parmi elles, celle d’un homme présentant son billet de train après dix-huit heures d’attente. « Grand sourire, yeux embués, chilienne sous le bras. Cette image m’émeut particulièrement, confie Philippe Courtesseyre. Elle raconte la découverte des vacances, les quais bondés, mais surtout l’émotion d’accéder enfin à quelque chose longtemps inaccessible. »
Aux Forges de l’Adour
À Tarnos, l’exposition dépasse pourtant l’hommage photographique. Si Willy Ronis n’entretenait aucun lien direct avec les Landes, des résonances apparaissent ailleurs. Un important travail de collecte, mené avec les historiens locaux Jean-Pierre Cazaux et Jean-Jacques Taillentou, ancre ainsi l’exposition dans l’histoire ouvrière des Forges de l’Adour : archives municipales, cartes postales, photographies et témoignages en éclairent les contours dans un espace qui clôt le parcours. Ce dialogue trouve un prolongement dans l’église Notre-Dame des Forges, construite à la fin du XIXe siècle par la Compagnie des Forges pour les ouvriers de la cité industrielle. L’édifice porte encore, dans sa charpente métallique, l’empreinte de cette histoire ouvrière.
« Le temps conquis : commémorer le Front populaire avec Willy Ronis ». Jusqu’au 6 juin, église Notre-Dame des Forges, à Tarnos. Gratuit. Mardi : 11 - 12 h 30, 14 - 18 h 30. Mercredi, vendredi et samedi : 10 - 12 h 30, 14 - 18 h 30. Jeudi : 11 - 12 h 30 / 14 - 20 h 30. ville-tarnos.fr



