Un séisme dans le monde de l'édition française
Une véritable fronde secoue actuellement les éditions Grasset, l'une des maisons les plus prestigieuses de l'édition française. Un collectif impressionnant de 115 auteurs a annoncé mercredi 16 avril 2026 quitter la maison d'édition pour protester contre le licenciement de son PDG historique Olivier Nora et dénoncer la mainmise croissante du milliardaire Vincent Bolloré, propriétaire du groupe.
Un départ massif sans précédent
Parmi les signataires de cette décision inédite par son ampleur figurent des poids lourds de la littérature française, romanciers comme essayistes, allant de Virginie Despentes à Sorj Chalandon et de Bernard-Henri Lévy à Frédéric Beigbeider. Cette décision collective a été prise dans l'urgence après l'annonce mardi du départ d'Olivier Nora, qui dirigeait Grasset depuis plus d'un quart de siècle.
Dans leur courrier commun, les 115 auteurs décrivent Olivier Nora comme le "ciment" d'une maison d'édition qui abritait jusque-là des auteurs d'opinions très diverses. "Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115", soulignent-ils avec force.
La mainmise de Vincent Bolloré en question
La maison Grasset est tombée dans l'escarcelle de Vincent Bolloré en 2023 lors de sa prise de contrôle de Hachette, sa maison mère. Le milliardaire, connu pour ses positions ultraconservatrices et sa mainmise sur plusieurs médias français, devient ainsi propriétaire de l'une des maisons d'édition les plus symboliques du paysage littéraire français.
Les auteurs signataires dénoncent avec virulence cette situation : "Une fois de plus, Vincent Bolloré dit 'je suis chez moi et je fais ce que je veux' au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent".
Un désaccord éditorial à l'origine de la crise
Les raisons officielles du retrait d'Olivier Nora n'ont pas été précisées, mais selon une source proche du dossier, ce départ serait lié à la publication du prochain livre de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal. "Les deux parties ont fait le constat d'un désaccord" sur l'opportunité de publier cet ouvrage, consacré à la détention de l'auteur en Algérie, dès juin plutôt qu'à l'automne comme le souhaitait Olivier Nora.
Pour le collectif d'auteurs, il s'agit clairement d'un "licenciement" marquant une "atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale et la liberté de création". Ils affirment avec détermination : "Aujourd'hui, nous avons un point commun : nous refusons d'être les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l'autoritarisme partout dans la culture et les médias".
Une crise qui s'annonce au Festival du Livre
Cette crise majeure chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, va succéder à Olivier Nora, devrait être largement débattue au Festival du Livre qui s'ouvre jeudi soir au Grand Palais à Paris. L'événement littéraire s'annonce particulièrement tendu, cette affaire illustrant de manière spectaculaire les tensions qui traversent actuellement le monde de l'édition française.
Les auteurs concluent leur courrier par une affirmation sans équivoque : "Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient (la) propriété de Vincent Bolloré". Cette prise de position collective marque un tournant dans les relations entre auteurs et maisons d'édition, et pourrait avoir des répercussions durables sur le paysage éditorial français.



