Mort de Sonny Rollins, dernier géant du jazz, à 95 ans
Sonny Rollins, légende du jazz, s'éteint à 95 ans

Le saxophoniste américain, dernier géant du jazz, s'est éteint lundi 25 mai dans l'État de New York, à 95 ans. À quatre reprises, il avait enflammé le festival Jazz in Marciac.

Un souffle qui s'éteint

C'est un souffle qui s'éteint, un souffle de la taille d'un ouragan. Theodore Walter « Sonny » Rollins, le dernier titan du saxophone ténor, l'improvisateur absolu, est mort ce lundi 25 mai, dans sa retraite boisée de Woodstock, dans l'État de New York. Il avait 95 ans. Ironie cruelle, c'est une fibrose pulmonaire qui l'avait forcé à ranger son saxophone Selmer dès 2014, le privant de sa voix colossale. Deux ans auparavant, il s'était pour la 4e et dernière fois produit en concert au festival gersois Jazz in Marciac.

Avec la disparition de Sonny Rollins, c'est l'ultime chapitre de l'âge d'or du jazz qui se referme. Compagnon de route ombrageux et génial de Charlie Parker, Thelonious Monk, Miles Davis et John Coltrane, Rollins était aussi l'ultime survivant de la célèbre photographie « A Great Day in Harlem » prise en 1958.

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Le « Colosse du saxophone »

Né le 7 septembre 1930 à New York, Rollins grandit dans un Harlem alors bouillonnant de musique. Issu d'une famille originaire des îles Vierges, il est bercé par les rythmes caribéens, une influence qui insufflera de la joie dans toute son œuvre. Son célébrissime « St. Thomas », gravé sur le chef-d'œuvre fondateur « Saxophone Colossus » en 1956, n'est pas qu'une ritournelle insulaire naïve : sous le calypso bat une ironie féroce, un message satirique moquant les puissants. En 1958, « Freedom Suite », œuvre frondeuse en trio, dénonçait déjà frontalement l'inhumanité dont était victime le peuple noir américain.

Dans ces tumultueuses années 1950, le colosse survit à la prison de Rikers Island pour braquage, se bat contre son addiction à l'héroïne en subissant d'expérimentaux traitements de sevrage… Il enchaîne ensuite les fulgurances discographiques et réinvente l'espace du jazz : avec « Way Out West » et « A Night at the Village Vanguard » (1957), il popularise la forme du trio sans piano, où le saxophone dialogue avec la seule section rythmique. Il croise aussi le fer avec John Coltrane sur « Tenor Madness », adoubé par son mentor Thelonious Monk.

Sur le pont de Williamsburg

À l'été 1959, au sommet de sa gloire, Sonny Rollins s'évapore pour se réinventer : pendant plus de deux ans, il s'entraîne jusqu'à 15 heures par jour sur le pont de Williamsburg, face au vent, dans le vacarme des klaxons et des sirènes. Un acte inouï de radicalité poétique. « J'étais libre. Je n'ai jamais connu la liberté de si près », confiera-t-il plus tard au journaliste français Francis Marmande. De cette quête ascétique, cet adepte du yoga tirera en 1961 le limpide et majestueux album « The Bridge », quelques années avant un voyage initiatique et spirituel en Inde.

Sur scène, Rollins était un marathonien, prêcheur ambulatoire capable de retourner un standard pendant de longues minutes en cadences solitaires et non accompagnées. Lors de ces récitals sans filet qu'il a menés pendant des décennies, ce géant barbu cherchait la pure communication, directe, d'humain à humain. Un don tellurique qui culminait sur « Don't Stop the Carnival ».

Le 11 septembre 2001, lorsqu'il est évacué de son appartement voisin du World Trade Center, Sonny Rollins n'emporte qu'une chose : son instrument, avec lequel il offrira un concert mythique à Boston quelques jours plus tard (« Without a Song : The 9/11 Concert »).

Retiré dans les bois depuis douze ans, loin du vacarme de la ville, le colosse s'est tu quelques heures après le 100e anniversaire de la naissance de Miles Davis, son ancien compagnon de route.

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