Stéphane Demoustier fait partie des cinéastes qui savent se renouveler avec talent. Après l'excellent L'Inconnu de la Grande Arche, sorti en novembre dernier, il s'inspire d'un roman de Victor Jestin, publié aux éditions Flammarion en 2019, pour La Chaleur, chronique d'un été caniculaire qui se métamorphose en thriller étouffant. Le réalisateur de Borgo et de La Fille au bracelet est toujours aussi doué pour jongler avec les genres et faire monter le suspense sans presque avoir l'air d'y toucher.
Un adolescent bascule dans l'horreur
Le héros, gamin taiseux et solitaire, pourrait être n'importe quel ado mal dans sa peau passant l'été dans un camping des Landes. Sa vie bascule quand il provoque involontairement la mort d'un autre vacancier et se laisse guider par la panique pour prendre une décision stupide. Dans son film, Stéphane Demoustier échappe au récit policier pour brosser le portrait d'un garçon de notre temps confronté brusquement à des décisions d'adulte.
« Cette jeunesse évolue dans un contexte – écologique, politique, économique – anxiogène. J'ai l'impression que ces adolescents n'ont plus le même droit à l'insouciance que leurs prédécesseurs, dont j'étais », explique le réalisateur.
La chaleur comme métaphore de l'adolescence
La chaleur qu'évoque le titre est à la fois celle gorgeant des paysages écrasés de soleil et le coup de chaud que ressent le gamin de 17 ans accablé par l'angoisse et un terrible sentiment de culpabilité. Le débutant Hadrien Hussein communique remarquablement la souffrance d'un personnage fracassé par une situation qui le dépasse. La canicule n'en est que plus insupportable pour le jeune homme taciturne épris d'une estivante italienne qui le considère comme un passe-temps.
« La scène d'ouverture est une métaphore de tout ça : des corps sublimes, débordants de vitalité, qui se jettent à l'eau, au sens propre du terme. Telle qu'elle est filmée, la séquence mêle un certain lyrisme à une forme de brutalité. Chaque individu est exhorté à suivre le groupe. Et à courir au-devant de vagues qui sont inhospitalières, brutales, arbitraires. Comme l'existence », ajoute Demoustier.
Un film moral sans être moraliste
Il y a un petit côté Crime et Châtiment de Dostoïevski dans le questionnement que pose un scénario passionnant. Le côté presque insignifiant de l'accident déclenchant l'intrigue rend celui-ci particulièrement terrible. Paradoxalement, c'est en insistant peu sur ce retournement de situation que le réalisateur le rend atroce. Il suffit d'un instant pour changer une destinée à jamais.
L'attitude du héros fascine tout autant qu'elle interroge. Oser construire son film sur un personnage pas vraiment sympathique a quelque chose d'assez culotté. Le réalisateur parvient à faire partager l'état mental d'un garçon dont les réactions passent de l'apathie au coup de sang. Ce sentiment d'oppression qui mène à la rédemption est l'un des ingrédients principaux de La Chaleur. Moral sans être moraliste, le film n'entre vraiment dans aucune case si ce n'est celle d'un cinéma excitant intellectuellement car très intelligent.



