Le palmarès de la compétition de ce Festival de Cannes 2026 approche, ce sera pour ce samedi 23 mai au soir. Dans l’attente, les premiers prix sont tombés entre mercredi et vendredi. Le Grand Prix de la Semaine de la Critique a récompensé « La Gravida » de la Française Marine Atlan. La Queer Palm du long-métrage, qui distingue un film mettant en avant des thèmes LGBTQIA +, est décernée à « Teenage Sex and Death at Camp Miasma » de Jane Schoenbrun avec Gillian Anderson. L’Œil d’Or du meilleur documentaire sacre le bouleversant « Viendra la révolution » de l’Iranienne Pegah Ahangarani. Et la Palm Dog (qui récompense la meilleure performance canine dans un film, toutes sélections confondues) est allée à Tormenta Maria, qui joue la petite chienne errante Youri dans « La Chienne » de la Chilienne Dominga Sotomayor (Quinzaine des Cinéastes).
Outre les films que nous avons distingués dans nos colonnes ces derniers jours, comme « L’Être aimé » de Rodrigo Sorogoyen ou « Notre Salut » d’Emmanuel Marre, nous avons eu d’autres coups de cœur pour plusieurs longs-métrages, en compétition ou dans les sélections parallèles…
Fjord (Compétition)
Le Roumain Cristian Mungiu, déjà couronné de la Palme d’or en 2007 pour « 4 mois, 3 semaines et 2 jours », frappe à nouveau très fort avec « Fjord ». Le récit prend place dans un petit village encaissé au fond d’un fjord de Norvège, où une famille ultra-catholique constituée d’un Roumain, d’une Norvégienne et de leurs quatre enfants vient de s’installer. Mais rapidement, le père est soupçonné de violences — coups et fessées — sur ses enfants. L’Aide à l’enfance, très puissante dans le pays, prend immédiatement en charge les enfants au couple pour les placer, contre leur volonté, dans des familles d’accueil… Ce scénario, remarquablement écrit, filmé et interprété par Sebastian Stan et Renate Reinsve, place sans cesse le spectateur entre deux extrêmes : éblouissant et déchirant ! (Sortie le 19 août).
Dua (Semaine de la Critique)
Récompensé du Prix SACD pour son scénario à la Semaine de la critique, le long-métrage de la cinéaste kosovar Blerta Basholli focalise sur une jeune fille durant les événements de 1990 à Pristina (Kosovo) qui ont vu les milices serbes s’en prendre violemment aux Kosovars d’origine albanaise. Cette magnifique chronique adolescente en temps de guerre, rythmée par des tubes rock de l’époque, serre le cœur. Enlevé et bouleversant. (Sortie prochainement).
Hope (Compétition)
La sélection de « Hope », signé du Coréen Ba Hong-jin, qui nous avait tant épaté avec « The Chaser » en 2008, constitue un petit événement historique pour le festival : c’est la première fois qu’un pur film de genre à 100 % a les honneurs de la compétition. Ce premier d’une franchise qui devait compter au moins deux suites conte comment des monstres extraterrestres terrifiants et presque indestructibles se mettent à tout détruire dans une petite ville de Corée. Au menu : des poursuites infernales, des bastons, des tirs incessants, au point que le soir de la projection officielle, on se serait cru dans un festival dédié aux films fantastiques. Brillamment réalisé, le film est interprété par des stars coréennes et étrangères telles qu’Alicia Vikander et Michael Fassbender. Ébouriffant ! (Sortie prochainement).
Carmen l’oiseau rebelle (Quinzaine des Cinéastes)
Réalisateur de l’étonnant film d’animation « Linda veut du poulet ! » en 2023, Sébastien Laudenbach adapte l’opéra de Georges Bizet en contant à son tour l’histoire de Carmen, femme libre, dans les rues de Séville, protégée des dangers qui la menacent par une bande de gamins. Toujours avec la ligne graphique en 2D qui le caractérise, mais en l’accommodant au récit et en multipliant les belles idées tant sur le plan du dessin que de l’animation, le cinéaste parvient à une pépite colorée qui décline des scènes époustouflantes. Somptueux. (Sortie le 16 décembre)
L’aventure rêvée (Compétition)
Avant-dernier film montré en compétition, ce western féministe de l’Allemande Valeska Grisebach nous a étonnés. Alors qu’on n’était guère fans de ses précédentes réalisations, elle change ici de rythme, plutôt enlevé malgré les 2h47 du film, en contant comment une archéologue bulgare, de retour sur ses terres de jeunesse près de la petite ville de Svilengrad, à la frontière avec la Turquie, va être confrontée aux hommes de son passé. Cette Calamity Jane bulgare, amenée à régler de nombreux conflits en s’insurgeant contre la domination machiste des mafieux locaux, nous a enthousiasmés. (Sortie le 16 juillet)
Minotaure (Compétition)
Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev (récompensé au Festival de Cannes par le Prix du scénario pour « Léviathan » en 2014 et par le Prix du jury pour « Faute d’amour » en 2017), « Minotaure » est un remake de « La Femme infidèle » de Claude Chabrol. Le cinéaste en exil a choisi de situer son action dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et de la mobilisation des citoyens russes dans l’armée. Le film mêle ces deux intrigues en parallèle jusqu’à ce que le drame intime et le drame collectif ne se rejoignent. Très prenant, magnifiquement écrit et mis en scène, « Minotaure » est un film puissant, profond et marquant. (Sortie le 14 octobre)
La Bola negra (Compétition)
C’est sans doute le film le plus ambitieux visuellement de la compétition cannoise. Réalisé par les Espagnols Javier Calvo et Javier Ambrossi, « La Bola negra » raconte trois histoires sur trois époques différentes, unies par une même thématique, celle de la répression de l’homosexualité. Qu’ils filment la vie rurale dans l’Espagne des années 1930, la boucherie de la guerre ou imaginent les délires enneigés de leurs personnages, les deux cinéastes composent des séquences grandioses. Tout en étant d’une beauté époustouflante pendant 2h35, le film émeut et amuse même parfois — grâce à l’apparition d’une Penélope Cruz en meneuse de revue rebelle ou aux échanges cruels entre une mère et son fils. (Date de sortie pas encore annoncée)
Paper Tiger (Compétition)
Le nouveau film de James Gray (« Little Odessa », « La Nuit nous appartient », « Two Lovers »…) se déroule à New York dans les années 1980 et met en scène deux frères. L’un est un ancien policier, séducteur, divorcé, qui mène la grande vie depuis qu’il a fait fortune dans les affaires. L’autre est un mari aimant et un père de famille tranquille. Un jour, le premier propose au deuxième un plan « en or », qui va tourner au cauchemar… James Gray réalise un drame familial et un film de mafia qui captive de la première à la dernière seconde. Porté par Adam Driver, Scarlett Johansson et Miles Teller, tous excellents, « Paper Tiger » nous met sous tension avant de nous déchirer le cœur. Magnifiquement filmé, le long-métrage comporte des séquences mémorables, comme cette chasse à l’homme dans un champ de maïs survolé par des avions. (Date de sortie pas encore annoncée)



