Cannes 2026 : « L'Être aimé », le vertige incandescent de Sorogoyen
Cannes 2026 : « L'Être aimé », vertige incandescent

Un retour en compétition attendu

Quatre ans après As bestas, Rodrigo Sorogoyen revient dans la compétition cannoise avec un film-monstre et incandescent : L'Être aimé. Le réalisateur madrilène signe une œuvre aussi vertigineuse qu'intime, déclaration d'amour au cinéma en train de se fabriquer, autopsie d'un rapport père-fille empoisonné et réflexion troublante sur le pouvoir des créateurs.

Un point de départ classique, une mise en scène explosive

Le point de départ, qui rappelle un peu celui de Valeur sentimentale de Joachim Trier (en compétition l'an dernier), pourrait sembler presque classique : un réalisateur tout-puissant retrouve sa fille après treize ans de silence en lui offrant le rôle principal de son nouveau film. Mais pour filmer le cinéma, Sorogoyen choisit d'exploser les cadres. Le cinéaste utilise tous les formats possibles, change de texture d'image, passe du noir et blanc à une lumière numérique brûlante… Un kaléidoscope sensoriel qui ressemble à un maelström de cinéma pur.

Javier Bardem, monumental

Au centre de cette tempête trône Javier Bardem, monumental. Son Esteban, réalisateur idolâtré autant que détesté, est un ogre de cinéma, un homme incapable d'aimer autrement qu'en mettant les autres en scène. Bardem impressionne par la manière dont il fait cohabiter bestialité et fragilité dans le même regard.

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Victoria Luengo, la révélation

Face à lui, la révélation Victoria Luengo (également au casting d'Autofiction de Pedro Almodóvar). Son Emilia porte dans chaque silence des années de colère rentrée. La première confrontation entre les deux personnages restera probablement comme l'une des grandes scènes de ce Cannes 2026.

Une mise en scène virtuose

Sorogoyen raconte avoir volontairement empêché Bardem et Luengo de se voir avant le tournage. Il a travaillé séparément avec eux sur le passé des personnages avant de filmer leurs retrouvailles avec des caméras dissimulées pendant plus d'une heure. Quinze minutes seulement ont été conservées à l'écran. Quinze minutes sidérantes, d'une vérité inconfortable.

Le cinéma comme refuge et machine toxique

Mais la grande force de L'Être aimé, c'est qu'au-delà de son dispositif virtuose, Sorogoyen ne perd jamais son sujet : le cinéma comme un refuge sublime et une machine toxique, capable de réhabiliter autant que de détruire. Même si « on ne peut pas faire comme si les films réparaient tout », dit le personnage d'Emilia.

Notre avis : 4/5

Javier Bardem s'engage contre les comportements toxiques

Lors de la conférence de presse de L'Être aimé, l'acteur Javier Bardem a livré un discours fort et engagé, rappelant l'importance de continuer à dénoncer les violences et les rapports de domination dans la société. Il a déclaré : « J'ai 57 ans, je viens d'Espagne où il y a en moyenne deux femmes tuées par mois par leur ex-mari ou ex-compagnon. C'est horrible. On est complètement tarés ou quoi ? On tue des femmes parce que certains hommes pensent qu'elles leur appartiennent ? […] Et ce problème, c'est aussi celui de Monsieur Trump, de Monsieur Netanyahou et de Monsieur Poutine… Ces mecs sont là pour dire “ma queue est plus grande que la tienne” et c'est un comportement toxique typiquement masculin. Il faut en parler. »

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