La couronne n’a toujours pas changé de tête. Pour la huitième fois consécutive, un record, les Anglaises ont remporté le Grand Chelem face à des Françaises qui y prétendaient aussi (28-43). Les championnes du monde en titre signent leur 39e match sans défaite dans le Tournoi avec les mêmes vagues dévastatrices et les mêmes punitions qui ont fait baisser la tête des joueuses de François Ratier malgré la meilleure entame de leur Tournoi et un retour percutant des vestiaires.
Les Bleues ont montré de belles séquences
Avant la rencontre, le sélectionneur français disait des Anglaises qu’elles n’étaient pas le mur de l’Atlantique, qu’elles avaient des failles. En effet, les Françaises les ont parfaitement exploitées sur les deux entames de mi-temps avec une grosse intensité, une agressivité de chaque instant et trois essais dont un doublé de la demi de mêlée Bourdon-Sansus (13e et 59e), une réalisation de l’ailière Grando (54e) puis un dernier pour l’orgueil par Bernadou (80e). Mais inexorablement, les Anglaises ont suivi leur plan pour être toujours celles qui lèvent la coupe à la fin du bal.
L’émotion de la frustration
« On va arrêter de se faire des passes dans les petits espaces et revenir encore plus fortes », promettait l’ailière du Stade Toulousain Léa Murie à la mi-temps. Ses coéquipières étaient menées 26-7 et n’avaient pas réussi à faire assez mal à leur adversaire malgré une avancée constante dans le sillage d’une Madoussou Fall-Raclot en feu pour sa 50e sélection et des statistiques sans appel : 92 % de possession et 86 % d’occupation et une ouverture du score méritée (7-0, 14e). Seule la touche restait un point noir (quatre lancés perdus). Attendant que la tempête passe, les Anglaises avaient d’abord égalisé et accéléré.
Puis les Bleues tenaient leur promesse. De nouveau dans l’avancée, toujours derrière Fall, Champon, Escudero et les crochets de Barrat, la percée de Rousset et la détermination de Bourdon-Sansus de payer les efforts des siennes, elles revenaient souffler dans le cou des Anglaises (21-29, 59e). Les Bleues montraient qu’elles aussi savaient piquer fort, « les laisser à terre et les faire ouvrir le capot », comme réagissait Ratier à une question sur la dimension physique et une sensation de surrégime par moments. C’est peut-être cette sensation de se rapprocher au score, de les faire reculer par séquences pour espérer prendre le dessus et finalement toujours échouer qui a fait monter l’émotion de la capitaine Manae Feleu en conférence de presse au moment de détailler ses sentiments.
L’émotion de la domination
Mais il reste cet écart. « Il nous manque cette confiance qu’elles ont et qui fait aussi la différence sur ces matchs-là », glissait Feleu. La mêlée anglaise s’installait et derrière, c’est toute la ligne qui se mettait en branle pour envoyer l’ailière derrière la ligne et surtout faire retomber l’espoir français qui repointait le bout de son nez (21-36, 65e). Un dernier essai en force pour la route par la talonneuse qui venait de jouer 79 minutes et le tableau d’affichage ne faisait encore pas de cadeau. C’est peut-être cette sensation d’un effectif qui domine son sujet quelle que soit l’adversité des blessures et la qualité de l’adversaire qui a tiré les larmes du sélectionneur anglais John Mitchell lorsqu’on lui a demandé si ce XV de la Rose féminin n’était pas la meilleure équipe sportive de son pays.
Vers une nouvelle motivation
François Ratier et les Bleues n’en sont pas encore là. D’ici septembre et une énorme tournée avec trois matchs en France contre la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Canada puis trois matchs en Nouvelle-Zélande de nouveau face aux Black Ferns, cet énième désespoir devra se transformer en nouvelle motivation de travail. Gommer ce « petit peu qu’il manque toujours et qu’on doit enlever », glissait Madoussou Fall au micro de France-Télévision. À trois ans de la prochaine Coupe du monde et malgré « un soufflé qui va retomber quand on va retourner dans nos clubs alors que nous sommes les mêmes joueuses qui pratiquons le même rugby », regrettait encore la capitaine Feleu, le staff français et son vivier de U20 prometteur a posé des bases encourageantes. Avec 11 matchs de plus au compteur et d’autres points d’étape, le prochain Crunch dira beaucoup sur la progression d’un XV de France plein d’espoir.



