Si le mois de mai peut être capricieux sur la Côte d’Azur, ce n’est définitivement pas le cas de nos deux interlocuteurs du jour : Thomas Jolly et Anna Mouglalis. Lunettes de soleil sur le nez, une classe à toute épreuve, le metteur en scène et l’actrice sont ici pour parler de la 16e édition de la Queer Palm, dont ils sont co-présidents.
Un record de sélections
La Queer Palm récompense un film avec un récit LGBTQI+ parmi toutes les sélections du Festival de Cannes. Cette année, 22 films sont en lice, un record. « On se retrouve avec des objets cinématographiques qui sortent un peu des cadres », explique Anna Mouglalis, avant d’ajouter : « Tous les gestes queer sont politiques... ça pousse à remettre en cause ce modèle qui serait hétérosexuel, blanc… »
Loin des clichés de l’industrie cinématographique, l’actrice reconnaît qu’« il y a quand même beaucoup de films où on va mettre un personnage queer, mais sans y connaître grand-chose, alors que la plupart des personnes queers qui sont dans le milieu du cinéma sont obligées de se taire ».
La joie d’être queer selon Thomas Jolly
Propulsé sur le devant de la scène internationale après la cérémonie d’ouverture des JO 2024, Thomas Jolly perçoit pourtant « beaucoup de lumière » dans cette sélection : « Ce n’est pas que du drame d’être queer, c’est aussi une joie d’être au monde. » Pour lui, ce prix est essentiel « parce qu’en art, quand on représente, ça existe pour les gens qui le reçoivent, qu’on soit queer ou non... C’est à la fois un signal heureux, mais aussi une insistance résistante que de persévérer à montrer ces parcours-là ».
Une résistance face aux dangers
Cette notion de résistance résonne particulièrement pour Anna Mouglalis, signataire d’une tribune contre le rachat d’UGC par l’empire Bolloré. Depuis notre rencontre, le patron de Canal+, Maxime Saada, a répliqué en menaçant de boycotter les signataires, fracturant le milieu du cinéma. L’actrice nous expliquait déjà sa signature : « Les moyens de production sont possédés dans l’édition, le cinéma, le jeu vidéo, les médias… Il y a un moment où il n’y a plus de liberté, ni de presse, ni de création. C’est extrêmement dangereux. »
Elle rappelle l’ADN du Festival de Cannes : « Cannes a été créé pour être le festival du cinéma libre. Il faut se souvenir de cette histoire, car nous avons besoin de ce festival. »
La Queer Palm sera remise ce vendredi 22 mai à 22h.



