Lundi soir, la cérémonie des Molières, présentée par l'humoriste belge Alex Vizorek, a évité les polémiques directes mais a laissé transparaître la profonde inquiétude d'un secteur redoutant une « catastrophe annoncée ». Il était inutile d'attendre la sempiternelle intervention spectaculaire des représentants des intermittents du spectacle : la délégation de la CGT Spectacle n'était pas invitée à prendre la parole lors de la 37e Nuit des Molières, ce qu'elle a déploré dans un communiqué de presse. Le syndicat rappelle qu'un « plan de licenciement massif est à l'œuvre dans le spectacle vivant » et s'alarme des lourdes menaces qui pèsent sur les festivals estivaux, dont celui d'Avignon.
Une soirée sous le signe de l'engagement
Maître de cérémonie pour la troisième fois, Alex Vizorek a rythmé la soirée de vannes à l'ironie cinglante, sous l'œil de la nouvelle ministre de la Culture Catherine Pégard, assise aux côtés de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions. Les allusions concernant la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public ont été nombreuses, et la charge la plus drôle – et la plus féroce – s'est jouée dans un sketch préenregistré parodiant ladite commission, avec Laurent Stocker en rapporteur Alloncle.
Des prises de parole fortes
Brocarder Donald Trump est un exercice facile, dans lequel l'imitateur écossais Lewis McLeod a excellé, et la présence d'invités inattendus (de MC Solaar à Chantal Goya, via l'humoriste Merwane Benlazar) a assuré le spectacle. Mais l'essentiel était ailleurs. Deux fois primé, le spectacle d'Olivier Py « La Cage aux folles » a donné l'occasion à son acteur principal Laurent Lafitte de s'élever contre l'homophobie mondiale, pointant les 3 000 agressions commises chaque année en France contre les personnes LGBTQIA+. D'autres créateurs, comme Katia Ghanty et Samuel Valensi, ont alerté respectivement sur la crise systémique de l'hôpital public et la précarité du monde ouvrier.
Un plaidoyer pour la culture
Anne Bouvier, présidente de l'ADAMI, a livré un saisissant plaidoyer pour le monde de la culture qui, « avec 3 millions d'emplois, n'est pas un coût mais un investissement qui rapporte » beaucoup à la France. Elle a également mis en garde contre ceux qui entendent réduire la culture au seul patrimoine. Par ailleurs, après avoir reçu un magnifique hommage de Vincent Dedienne venu lui remettre un Molière d'honneur, la comédienne Muriel Robin, émue aux larmes, a salué la mémoire de son ami agenais Roger Louret et de son « père de théâtre Michel Bouquet », avant d'étriller vertement le projet de loi SURE portée par Gérald Darmanin, et ce « plaider-coupable » qui permettrait aux violeurs de « négocier leur peine dans le bureau d'un juge en échange d'un aveu. Un viol ça ne se négocie pas. Ça se juge. »
Un palmarès engagé
Au terme d'une cérémonie dont le palmarès a mis à l'honneur des œuvres à forte dimension sociale ou politique (« Le Procès d'une vie » d'après Gisèle Halimi, « Made in France » de Samuel Valensi et Paul-Eloi Forget, ou « Le Chant des lions » mis en scène par Charlotte Matzneff), Jean-Christophe Meurisse de la compagnie Les Chiens de Navarre, sacré du Molière du théâtre public avec « I Will Survive », a imploré la ministre de la Culture au nom des compagnies de théâtre : « protégez-nous ».



