Marie Pic : céramiques oniriques entre seuils et métamorphoses
Marie Pic : céramiques oniriques entre seuils et métamorphoses

À BAM projects, l'artiste céramiste Marie Pic rassemble un ensemble de formes ouvrant sur un imaginaire mouvant, fait de seuils, de métamorphoses et de jeux d'échelle.

Un univers de seuils et de passages

Une grande fenêtre cintrée. Derrière ses battants clos surgit une profusion de fleurs blanches, aux pétales charnus et aux tiges sinueuses, cascadant sur un fond rose saumon. Il s'agit de l'œuvre intitulée « Floraison nocturne ». Non loin, « Chrystal Doorway » déploie sa silhouette élancée aux allures de portail monumental : grilles dentelées, motifs ouvragés et formes organiques s'y ordonnent dans une rigoureuse symétrie, entre blanc cassé, turquoise oxydé et gris métallique.

Puis vient « Phalène », grand papillon nocturne aux ailes déployées. Entre bijou monumental, vitrail et créature fantastique, l'œuvre impose une présence hors d'échelle. Ses ailes foisonnantes de motifs se prolongent en tassels suspendus comme des pendeloques. À ses pieds, deux escarpins vert d'eau. Ils annoncent d'autres présences – mocassins, ballerines – elles aussi soigneusement associées par paires. Disséminées dans l'espace, tantôt face aux œuvres, tantôt leur tournant le dos, ces chaussures sont laissées là, comme abandonnées au seuil de ces passages – fenêtre, portail… – et même devant ce lépidoptère géant devenu à son tour une forme d'accès vers un ailleurs. Toutes sont en céramique, comme l'ensemble des pièces ici réunies.

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Une pratique née du dessin et de la terre

Née en 1996 en Auvergne, Marie Pic touche à la terre dès l'enfance. Après un bac pro en communication graphique, elle intègre les Beaux-Arts de Limoges. « Au début, rembobine l'artiste, je faisais beaucoup de gravure. J'ai commencé à réaliser des cadres pour ces œuvres, mais en céramique. » C'est là que Patrick Audevard, responsable de l'atelier couleur céramique, lui fait découvrir crayons d'oxydes et sticks pigmentés permettant de dessiner sur l'argile. « À partir de ce moment-là, j'ai travaillé uniquement sur plaque de terre. »

Rapidement confrontée aux limites d'échelle, elle met au point une méthode ingénieuse : « Au début, je faisais surtout de petits formats en un seul bloc. Petit à petit, j'ai développé des sortes de patrons en papier pour concevoir des pièces plus grandes, sans dépendre de la taille du four. Je travaille beaucoup en amont sur le dessin, puis j'étale de grandes plaques de terre dans lesquelles je découpe silhouettes et ornements. » Ces pièces, composées de plusieurs modules assemblés après cuisson, lui permettent de maîtriser le retrait de la terre et de donner naissance à des bas-reliefs aux formats ambitieux.

Une dizaine de pièces

Diplômée en 2021, elle s'installe à Lyon, d'abord à l'atelier Sumo puis au sein du CAP Saint-Fons. Après une exposition à la Galerie Tator et une sélection à Ceramic Brussels – où elle reçoit le prix du jury lors de l'édition 2026 – elle présente aujourd'hui à Bordeaux sa première exposition personnelle girondine, riche d'une dizaine de pièces.

Intitulée « Phantasia », cette dernière explore un entre-deux entre perception et imaginaire, nourri de sources variées : dessins de René Lalique, formes végétales, détails architecturaux ou encore planches anciennes d'entomologie. Marie Pic y prélève, redessine et hybride les motifs jusqu'à en brouiller l'évidence : familiers et instables, ils semblent engagés dans une mutation permanente. Une réussite.

Jusqu'au 11 juillet, BAM projects, 47, rue Lombard, Bordeaux. Entrée libre du mercredi au samedi, de 11 à 18 heures. bam-projects.com

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