Léa, programmatrice, passe 6h par jour sur son smartphone pour son travail
6h par jour sur le smartphone pour le travail : le cas de Léa

Six heures quotidiennes sur smartphone : le poids de l'hyperconnexion professionnelle

Verdict sans appel : Léa, une Parisienne de 34 ans, passe en moyenne six heures par jour sur son iPhone 15. Un volume horaire qu'elle aimerait réduire, mais qu'elle juge incompressible. « Plusieurs de mes amis utilisent des applications pour limiter leur temps d'écran, mais mon usage intensif est directement lié à mon travail », explique-t-elle. « Comme on sait que je suis techniquement toujours joignable, je me dois de le rester. Je suis un peu coincée. »

Instagram, un outil de veille professionnel incontournable

Contrairement à ce que son fond d'écran – un cliché en noir et blanc de Damiano David, ex-chanteur du groupe Måneskin – pourrait laisser penser, Léa ne consacre pas ces six heures à des loisirs. Une majorité de ses usages numériques sont entièrement dédiés à son métier de programmatrice pour une émission de télévision. « Les applications que j'utilise le plus sont Instagram et WhatsApp », précise-t-elle.

Au fil de sa carrière, son compte Instagram personnel s'est transformé en un véritable outil de travail. « J'ai été ajoutée par de plus en plus d'attachées de presse. Je regarde s'ils ont publié une affiche de film pour voir qui récupère les droits en France, je scrute leurs stories “à la une”, je vérifie chaque profil pour détecter des indices sur leurs activités actuelles... » Sa veille est méthodique : « Plusieurs fois par jour, je vérifie quels contenus les attachés de presse ont publié. Quand quelque chose peut intéresser mon employeur, j'appelle et je propose un plateau. »

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Une journée rythmée par les notifications et la pression de la réactivité

Sa journée débute dès le réveil par un coup d'œil aux invités des matinales radio. « Je ne me mets pas sur Instagram ou TikTok dès le matin, sinon je suis en retard : on sait quand on commence à scroller, on ne sait jamais quand on s'arrête ! » Dans les transports, une première vérification des réseaux sociaux s'impose. Puis, tout au long de la journée, elle alterne entre la surveillance des profils professionnels et la consultation des actualités culturelles pour s'inspirer et traquer les opportunités.

Mais c'est WhatsApp qui représente la plus grande source de pression. « Nos groupes professionnels sont tous dessus, on en a une dizaine. Comme je m'occupe des invités de tous les pôles, je suis dans tous les groupes. Et on attend de nous qu'on réponde dans les cinq minutes après l'envoi d'un message », souligne-t-elle. « WhatsApp est vraiment ce qui me prend le plus d'énergie en journée. »

La difficile quête de déconnexion et l'expérience salvatrice du Sahara

Même le week-end, la déconnexion est partielle. « J'essaye de couper au moins une ou deux heures, histoire de. » Elle éprouve souvent « la sensation que mon portable vibre, qu'on essaye de me joindre... Et quand je le déverrouille, rien. » Bien qu'elle ait coupé la plupart de ses notifications, celles de WhatsApp restent activées. « Sans cela, je craquerais. Et même comme ça, quand je suis au téléphone et que je sens les vibrations incessantes contre mon oreille, je sens que la crise de panique monte... »

Léa n'est pas un cas isolé. Une étude de l'institut CensusWide pour Indeed, publiée en juin 2025, révèle qu'au moins 28 % des salariés français consultent ponctuellement leurs messages professionnels pendant leurs congés, et qu'un salarié sur cinq ne parvient pas du tout à se déconnecter.

Pourtant, la trentenaire a récemment vécu une expérience de déconnexion totale salvatrice. « J'ai coupé mon téléphone pendant huit jours dans le Sahara. Ça ne m'était jamais arrivé ! Je me suis sentie ressourcée, complètement régénérée : on ne se rend pas compte d'à quel point ça nous fatigue. » Elle a délibérément choisi une destination sans réseau pour se forcer à décrocher. « C'est une expérience que j'aimerais réitérer, peut-être au moins une semaine par an. Ça donne vraiment l'impression que le cerveau se régénère, ça permet une plus grande créativité. »

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TikTok, le vortex incontrôlable des temps libres

Si son usage professionnel est structuré, Léa reconnaît une faille dans son rapport aux écrans : TikTok. « C'est vraiment un vortex que je n'arrive pas du tout à maîtriser. Je l'avais installé pour le travail, pour me tenir au courant des tendances. Mais c'est vraiment devenu le réseau social où je m'égare pendant des heures. » Elle avoue une attirance pour les vidéos d'astrologie et les témoignages d'anonymes. « J'ai beau me dire que je ne me sens pas concernée, je finis par regarder la vidéo en entier. »

Une frontière ténue entre vie professionnelle et personnelle

Au-delà des chiffres, le témoignage de Léa illustre la porosité croissante entre vie professionnelle et vie personnelle à l'ère du numérique. Son téléphone, outil de travail indispensable, est aussi une source de fatigue et d'anxiété. Sa quête de déconnexion, bien que ponctuelle, souligne un besoin grandissant de retrouver des espaces de respiration loin des écrans et des notifications permanentes.