Russie : WhatsApp bloqué, Moscou pousse vers Max, sa messagerie de surveillance
Russie bloque WhatsApp pour pousser vers sa messagerie Max

Moscou intensifie sa guerre contre les messageries étrangères

Le gouvernement russe a franchi une nouvelle étape dans son contrôle de l'internet en suspendant brutalement l'accès à WhatsApp, mercredi 11 février. Cette décision prive environ 100 000 utilisateurs de la plateforme de Meta, dans un contexte où Moscou tente depuis plusieurs mois de forcer les citoyens russes à adopter "Max", une messagerie nationale conçue à des fins de surveillance.

Un blocage systématique des applications étrangères

Les autorités russes, via Roskomnadzor, l'autorité de régulation du web, ont retiré WhatsApp de la liste des sites accessibles depuis l'internet russe. Cette mesure rend l'utilisation du service quasiment impossible sans recours à des solutions de contournement complexes, comme des VPN. Cette action s'inscrit dans une série de restrictions :

  • Facebook et Instagram ont été supprimés de "l'annuaire" russe, les rendant accessibles uniquement via des réseaux privés virtuels.
  • YouTube subit également des limitations d'accès.
  • Ces blocages font suite à des ralentissements ciblés sur WhatsApp, Telegram et FaceTime ces derniers mois, avec un pic en décembre qui a rendu les appels vocaux impossibles.

Dans un communiqué rapporté par le Financial Times, WhatsApp a dénoncé cette stratégie : "Le gouvernement russe a tenté de bloquer totalement WhatsApp afin d’inciter les utilisateurs à se tourner vers une application de surveillance d’État. Tenter d’isoler plus de 100 millions de personnes de toute communication privée et sécurisée constitue un recul et ne peut qu’accroître l’insécurité des citoyens russes".

Max, la messagerie nationale au logo bleu-violet

Au cœur de cette offensive se trouve Max, une application dont le logo représente une bulle de dialogue blanche sur un fond bleu-violet, et dont le fonctionnement rappelle WeChat, la messagerie chinoise étroitement surveillée par les autorités. L'année dernière, la Russie a officiellement désigné Max comme "messagerie nationale", poussant de nombreux citoyens vers ce réseau social appartenant à VKontakte (VK), une entreprise contrôlée par des proches de Vladimir Poutine.

De son côté, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré dans la presse russe, relayé par Reuters, être ouvert au dialogue si Meta se conforme aux lois russes : "Il s'agit une fois de plus du respect de la législation. Si la société Meta s'y conforme et entame un dialogue avec les autorités russes, alors nous pourrons envisager un accord". Cette guerre entre les plateformes étrangères et le Kremlin s'est intensifiée depuis le début de l'invasion en Ukraine.

Telegram dans le viseur, malgré son usage critique

Peu de temps avant le blocage de WhatsApp, Telegram subissait aussi des restrictions. Roskomnadzor a accusé l'application de "violer le droit russe" sur la protection des données et de permettre son utilisation à des fins criminelles. L'agence TASS a rapporté que Telegram risquait des amendes de 64 millions de roubles (828 000 dollars) pour non-conformité.

Pavel Durov, fondateur de Telegram, a réagi vivement : "La Russie restreint l’accès à Telegram afin de contraindre ses citoyens à utiliser une application d’État conçue pour la surveillance et la censure politique (...) Il y a huit ans, l’Iran a tenté la même stratégie, sans succès".

Ces restrictions inquiètent particulièrement car Telegram est utilisé par des millions de Russes, y compris les militaires et fonctionnaires de l'État. Les soldats déployés en Ukraine s'en servent pour communiquer entre eux et avec leurs familles.

Des critiques venues des soutiens du régime

La décision de cibler Telegram a suscité des réactions au sein même des soutiens du Kremlin. Sergueï Mironov, chef d'un parti parlementaire pro-Kremlin, a publié des appels contre cette mesure : "Ces gars-là se font massacrer, ils ont besoin de moyens de communication normaux, et à part Telegram, ils n'ont souvent rien d'autre. Ne les privez pas de ce qui leur permet de combattre l'ennemi et de survivre".

Vyacheslav Gladkov, gouverneur de la région de Belgorod, fréquemment touchée par des drones ukrainiens, s'est dit inquiet que ces restrictions ne rendent plus difficile la diffusion d'alertes à la population en cas d'attaques. Cette situation illustre le caractère potentiellement contreproductif de la politique de Moscou, qui isole ses citoyens tout en fragilisant des canaux de communication essentiels, même pour ses propres forces.