L'utilisation de logiciels espions par les services de renseignement français a connu une augmentation spectaculaire en 2023. Selon le rapport annuel de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), le nombre d'autorisations délivrées pour le recours à ces outils est passé de 662 en 2022 à 1 426 en 2023, soit une hausse de 115 %. Cette progression significative interroge sur l'ampleur de la surveillance numérique en France.
Une explosion des demandes
Les données publiées par la CNCTR révèlent que les services de renseignement, notamment la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ont intensifié leurs demandes d'utilisation de logiciels espions. Ces technologies permettent d'accéder à distance aux données d'un appareil, comme les messages, les appels ou la localisation. La CNCTR, chargée de contrôler la légalité de ces pratiques, a noté que sur les 1 426 demandes, seules 12 ont été refusées, soit un taux d'acceptation de 99,2 %.
Un cadre juridique renforcé
Cette hausse intervient dans un contexte où le cadre légal a été modifié. La loi de programmation militaire 2019-2025 a élargi les possibilités de recours aux techniques de renseignement, y compris l'installation de logiciels espions. Les services doivent obtenir une autorisation du Premier ministre, après avis de la CNCTR. Selon un rapporteur de la commission, « cette augmentation reflète une volonté politique de renforcer les moyens de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, mais soulève des questions sur le respect des libertés individuelles ».
Des critiques sur les libertés publiques
Des associations de défense des droits numériques, comme La Quadrature du Net, dénoncent une dérive sécuritaire. « Le doublement des autorisations en un an est alarmant. Sans un contrôle judiciaire indépendant, ces outils peuvent être utilisés pour surveiller des citoyens ordinaires, pas seulement des criminels », a déclaré un porte-parole de l'association. La CNCTR, dans son rapport, reconnaît que « la vigilance doit être accrue pour éviter tout abus » et recommande un renforcement des audits.
Un phénomène mondial
La France n'est pas un cas isolé. À l'échelle mondiale, le marché des logiciels espions est en pleine expansion, avec des entreprises comme le groupe israélien NSO (Pegasus) ou l'italien RCS Lab. Le scandale Pegasus en 2021 avait révélé l'utilisation de ces outils par plusieurs gouvernements contre des journalistes et des opposants. En France, la CNCTR assure que les autorisations sont strictement encadrées et réservées à des enquêtes liées à la sécurité nationale.
Quelles conséquences pour 2024 ?
Avec l'organisation des Jeux olympiques de Paris 2024, les autorités anticipent une nouvelle augmentation des demandes. Le ministre de l'Intérieur a récemment annoncé le déploiement de « technologies avancées » pour sécuriser l'événement. Les défenseurs des libertés redoutent que cette tendance ne s'accentue, appelant à un débat public sur l'équilibre entre sécurité et vie privée.



