Le 3 mai 1951, sous un ciel gris et un horizon ouaté, une haie de spectateurs se presse sous les marronniers de l'avenue de la République à Montendre. M. Gaujan, maire de Montlieu et commissaire fédéral, procède à l'appel des coureurs pour la première édition du Tour cycliste de la Charente-Maritime. Plusieurs abstentions notables sont à signaler : Pontet, Gaudin, Muller, Créton, Hagel, Berton, Teisseire, Bayaert, Rioland, Iacoponelli, Vervialle, Erussart, Bianco et Perrin manquent à l'appel.
Malgré ces absences, les grands noms sont nombreux. Audaire, Bonnet, Antonin Canavèse, Guégan, Dureaux, Viola, Delesoluse, Goasmat, Cogan, Dolhats, Goni, Huguet, Bermudez, Contarin, Vasquiez, Aubry, Buteux, Prévotal, Sforacchi, Jules Rossi, les frères Danguillaume, Desbats, Chapatte et Pras sont présents. Le départ est donné par M. Faulong, industriel à Bussac, donateur du Challenge de « Pâtes du Maître », assisté de nombreuses personnalités du cyclisme. M. Jean Ferrière, directeur de la course, prend place dans la première voiture officielle et le peloton est libéré.
Une course rapide dès le départ
Dès le signal, voitures et cyclistes s'élancent à 50 km/h. Sur des routes sinueuses, Bermudez, Canavèse, Durand, Joulin et Trouillet s'évadent. Allory, Lagarde, Ragagnin, Chupin, Bertrand et Desbats les rejoignent rapidement. Quelques kilomètres avant Cozes, le gros peloton rattrape le premier groupe. Parvenant à se détacher, le Tarbais Trouillet et le boulanger bordelais Dangoumeau traversent en tête Cozes, Semussac, Saint-Georges-de-Didonne et Royan, enlevant les primes au passage.
À Royan, les deux coureurs comptent trois minutes d'avance sur le peloton. À Saujon, l'écart passe à 4 minutes 15 secondes, puis à 4 minutes 45 secondes à Saint-Jean-d'Angle. Cependant, après la montée du pont de Tonnay-Charente, Dangoumeau, dont la nuit s'est déroulée au fournil, est pris de crampes. Le vaillant mitron laisse son compagnon s'enfuir.
Trouillet rejoint à La Rochelle
Trouillet passe à Rochefort avec 1 minute 32 secondes d'avance sur Dangoumeau, 4 minutes 30 secondes sur Allory et 4 minutes 45 secondes sur le peloton. Il poursuit sa route le long de l'océan, courbé dans le vent. Mais à Châtelaillon, le peloton surgit de l'arrière et le Tarbais est rejoint à l'entrée de La Rochelle, après être resté en tête durant 92 kilomètres. Dans La Rochelle même, Maurice Bertrand attaque, mais son effort est de courte durée : il s'arrête pour raisons personnelles. Trouillet, victime de son effort solitaire, monte à bord d'une voiture.
Un peloton compact vers le retour
À partir de La Rochelle, la route du retour commence. Trente-six kilomètres plus loin, à l'entrée de Surgères, un petit groupe se détache, comprenant Roger Durand, Roland Danguillaume, Allory et Fombellida. Sur la route légèrement vallonnée menant à Saint-Jean-d'Angély, aux 200 kilomètres couverts en 5 heures 30 minutes, les quatre échappés ont une minute d'avance. L'écart n'est pas très sérieux. Après Saint-Jean, où Danguillaume rate son ravitaillement, la soudure s'opère. Tout est à refaire. Ainsi, quarante-cinq coureurs, dont tous les favoris, se regroupent à Saint-Hilaire.
La traversée de Saintes est marquée par deux attaques successives de Desbats et de Huguet. La foule est considérable. Le peloton dégringole le cours National à très vive allure. Une tentative de Sforacchi et de Chupin est vite freinée sur la route de Pons. Aux approches de cette ville, Bertrand et Phelippeau tentent encore de s'enfuir, mais le peloton les absorbe presque aussitôt.
À 35 kilomètres de l'arrivée, quarante hommes sont toujours groupés. La pluie commence à tomber. On s'interroge : tous vont-ils se présenter ensemble sur la piste de Montendre ?
Guégan l'emporte au sprint
Le ciel s'assombrit. Une petite pluie fine tombe par intermittence. Desbats se détache dans Jonzac, pourchassé par Audaire, Phelippeau et Ragagnin. Mais Phelippeau et Ragagnin ne peuvent tenir. Il reste deux hommes en tête : Audaire et Desbats, qui décident de se relayer sur les rampes sinueuses précédant Montendre. Soudain, à Chartuzac, le Niçois Sforacchi surgit de l'arrière, rejoint Audaire et Desbats et les distance. Sforacchi débouche sur la piste. Guégan est dans sa roue, à la tête d'un peloton qui le rejoint. Poussant de toute la force de ses « bielles », Raymond Guégan gagne le premier Tour de la Charente-Maritime devant vingt hommes roue dans roue.



