Au Liban, une institution scientifique gouvernementale s'est lancée dans une tâche titanesque : traquer et documenter chaque destruction causée par la récente guerre avec Israël. Le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) libanais, via son unité de télédétection, utilise des images satellites et des drones pour cartographier les zones sinistrées avec une précision inédite.
Une méthodologie rigoureuse pour un inventaire précis
L'équipe du CNRS, dirigée par le géographe Ghaleb Faour, a développé une méthode combinant l'analyse d'images satellite à très haute résolution et des vérifications sur le terrain. « Nous comparons les images avant et après les frappes, explique-t-il. Chaque bâtiment endommagé ou détruit est géolocalisé et catégorisé selon le degré de dégât : léger, moyen, lourd ou destruction totale. » Ce travail minutieux permet d'établir un inventaire fiable des pertes matérielles, indispensable pour les besoins de la reconstruction.
Un outil au service de la reconstruction
Les données collectées ne sont pas seulement un constat amer. Elles servent de base aux autorités libanaises et aux organisations internationales pour planifier la reconstruction. « Sans ces informations, on travaillerait à l'aveugle », souligne un responsable du ministère des Travaux publics. Le CNRS a déjà cartographié plus de 15 000 bâtiments touchés dans le sud du pays et la banlieue sud de Beyrouth, deux zones particulièrement éprouvées par les bombardements israéliens.
L'institution ne se limite pas aux seuls bâtiments. Elle documente aussi les infrastructures détruites : routes, ponts, réseaux d'eau et d'électricité. « La guerre a eu un impact dévastateur sur les infrastructures vitales », note Ghaleb Faour. « Notre travail aide à prioriser les réparations les plus urgentes. »
Un défi technologique et humain
Le défi est immense. Le territoire à couvrir est vaste et l'accès à certaines zones reste dangereux en raison de la présence de munitions non explosées. Les drones, utilisés pour les survols à basse altitude, permettent de contourner ces difficultés. « Nous avons formé des équipes spécialisées pour piloter ces engins et traiter les images », précise le chercheur. L'analyse des données est ensuite partagée avec les autorités locales et les agences onusiennes.
Ce travail de documentation est aussi un acte de mémoire. « Chaque bâtiment détruit est une histoire, une famille, une communauté », insiste Ghaleb Faour. « En les recensant, nous contribuons à préserver la mémoire collective de ce conflit. »
Un modèle pour d'autres pays en conflit
L'approche du CNRS libanais suscite l'intérêt d'autres pays confrontés à des conflits. « Nous avons été contactés par des collègues de Syrie et d'Ukraine », révèle le géographe. « Notre méthodologie pourrait être adaptée à d'autres contextes. » L'expérience libanaise montre comment la science peut servir la paix et la reconstruction, même dans les circonstances les plus tragiques.
Alors que le Liban tente de panser ses plaies, l'institution scientifique poursuit son travail de fourmi. Un travail essentiel pour que la reconstruction soit à la hauteur des destructions, mais aussi pour que la mémoire des lieux et des hommes ne s'efface pas.



