Jean Alesi : « Le Grand Prix de France Historique, un trait d’union entre passé et présent »
Jean Alesi : GP Historique, trait d'union passé-présent

Le compte à rebours entre dans la dernière ligne droite. Là-bas, droit devant, se profile l’édition 2026 du Grand Prix de France Historique. Vendredi, samedi et dimanche, au Castellet, la piste et le paddock se transformeront encore en musée XXL à ciel ouvert. Et Jean Alesi, le président du circuit Paul-Ricard, coiffera une fois de plus la casquette du maître de cérémonie.

Un événement en pleine ascension

Jean, un an après avoir accueilli Charles Leclerc en guest-star et attiré 109 000 spectateurs, peut-on dire que le Grand Prix de France Historique va encore passer la vitesse supérieure ?

Avec notre partenaire HVM Racing, nous tenons à ce que cet événement phare continue à monter en puissance. Chaque passionné de sport auto qui vient ici, au Castellet, pour assister aux seules courses de F1 organisées dans l’Hexagone, doit vivre une expérience particulière, marquante, unique. Quel que soit le jour. Comme le Grand Prix de France Historique a changé de date et qu’il se déroule maintenant le week-end du 8 mai, on a fait en sorte de mieux répartir les têtes d’affiche. Ainsi, Esteban Ocon et Isack Hadjar seront accueillis samedi, et Pierre Gasly nous rejoindra dimanche.

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Réunir les trois pilotes français du paddock F1

Réunir les trois pilotes français du paddock F1 en pleine saison, c’est un tour de force, non ?

Quand nous leur avons lancé l’invitation, ils ne savaient pas qu’ils rongeraient leur frein quatre semaines durant en avril. Les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite figuraient encore au calendrier. Donc tous les trois ont accepté de tirer un trait sur un week-end « off » pour venir ici communier avec leurs fans, remonter le temps au volant d’une F1 d’hier ou d’avant-hier. C’est génial ! Et puis vous allez aussi croiser d’autres têtes connues du paddock F1, notamment des directeurs d’équipe : Fred Vasseur et Laurent Mekies (les patrons français de Ferrari et Red Bull), mais aussi Alan Permane (Racing Bull), Jonathan Wheatley (ex-Audi)…

Rajeunir le public

Y a-t-il chez vous une volonté de rajeunir le public du Grand Prix de France Historique ?

Écoutez, la F1 a négocié un virage en changeant de promoteur. Depuis que Liberty Media tient les manettes, elle est parvenue à séduire de nouveaux fans, en particulier via la série télé « Drive to survive ». Une équipe de Netflix suivra d’ailleurs pas à pas Isack, Esteban et Pierre ce week-end au Paul-Ricard. Moi, je pense qu’il est important de réunir les pilotes d’hier et d’aujourd’hui. De créer une symbiose, en quelque sorte. Pareil pour les spectateurs : bienvenue aux jeunes et aux moins jeunes ! Le Grand Prix de France Historique, à mes yeux, doit constituer un trait d’union entre passé et présent.

Convaincre les pilotes

Esteban, Isack et Pierre, ils ont hésité un peu, beaucoup ou pas du tout avant d’allumer le feu vert ? Et quel a été votre argument numéro 1 pour les convaincre ?

À chacun, j’ai dit la même chose : « Oh mec, nous sommes Français ! La France n’a plus de Grand Prix F1. Vous êtes nos ambassadeurs. Il faut que vous soyez avec nous ! » Ils ne se sont pas fait prier. L’engouement monstre généré par la venue de Charles l’an dernier, ça les a touchés, je pense.

Une parade exceptionnelle

Contrairement à Charles Leclerc, eux, ils participeront bel et bien à la parade « Fast and Famous » au volant d’une F1 ancienne ?

Absolument ! Samedi, Isack pilotera la fameuse Red Bull RB7 sacrée championne du monde en 2011. Cette saison-là, elle avait remporté 12 courses avec Sebastian Vettel et Mark Webber. Le lendemain, David Coulthard lui succédera alors que Pierre entrera en piste dans le baquet de la Renault RS 10. La première F1 turbocompressée victorieuse d’un Grand Prix (le GP de France 1979 gagné par le regretté Jean-Pierre Jabouille à Dijon). Pierre, là, il va explorer un autre temps. Il va faire le grand écart, quoi !

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Et Esteban ? Esteban, lui, il passera au rouge ! En 2025, la Ferrari 412 T2 avec laquelle j’ai décroché ma victoire (GP du Canada 1995) manquait à l’appel ici parce qu’elle n’était pas encore prête à rouler. Figurez-vous que cette année, il y aura deux exemplaires : une pour Esteban, une pour moi ! Je peux vous dire qu’il est impatient de cravacher le V12. Juste avant de décoller en direction de Miami, il était de passage à Maranello pour une séance de simulateur et il en a profité pour mouler son siège à Fiorano.

Vous lui avez expliqué le mode d’emploi ? Pas besoin… Piloter la Ferrari 412 T2, pour lui, ce sera un jeu d’enfant par rapport à sa Haas. Là, il y a trois pédales, pas de direction assistée. Ça va le surprendre, peut-être. Il devra juste changer les vitesses en surveillant le régime moteur. La sirène du V12, elle monte jusqu’à 17 000 tr/min. Je ne sais pas s’il le poussera à fond. Mais je suis certain qu’il va se régaler.

Les souvenirs de Jean Alesi

Et vous ? Moi, sûr que je vais m’amuser aussi. J’ai pu la reprendre en main une fois à Monza, l’an dernier, en ouverture du Grand Prix d’Italie. Sans conteste, c’est la meilleure F1 qu’il m’ait été donné de piloter. Une voiture qui a une place à part dans mon cœur de tifoso. Performante et saine. Mais tellement fragile, hélas. On se souvient de ma victoire à Montréal en 1995, mais on oublie souvent que j’étais aussi en lice pour l’emporter à Barcelone, Silverstone, Spa-Francorchamps, Monza et Suzuka. En bouclant à nouveau quelques tours trente ans après, j’ai été impressionné par le bruit, les vibrations. J’avais oublié à quel point c’était violent. Maintenant, je comprends pourquoi la fiabilité nous faisait autant défaut à l’époque.

Un plateau de légendes

Samedi et dimanche, vous remonterez le temps une fois de plus en bonne compagnie. Alain Prost, Jacques Villeneuve, René Arnoux, entre autres, honorent encore de leur présence le Grand Prix de France Historique. Vous leur avez fait signer un CDI ?

Pas du tout ! Ici, on ne paye personne, sachez-le. Mais on sait recevoir. On a un hôtel 5 étoiles, de très belles loges. De quoi dérouler le tapis rouge à tous ces pilotes d’hier et d’aujourd’hui qui viennent pour partager leur passion. Ocon, Gasly, Hadjar, Prost, Villeneuve, Arnoux, mais aussi Mika Häkkinen, David Coulthard, Mark Webber, Jacques Laffite, Olivier Panis, Philippe Alliot… Ça fait quand même 7 titres mondiaux à l’affiche. Et plus de 100 victoires (121, très exactement). Fantastique !