Sur la pelouse du stade du Devens à Beausoleil, une trentaine de seniors enchaînent les passes et les tirs. Rien d'inhabituel en apparence sur un terrain de football, si ce n'est que personne ne court. Bienvenue au walking foot, un sport qui prouve que l'on peut transpirer sans jamais décoller les talons du sol.
Une association née en 2025
L'aventure a démarré à la fin de l'hiver 2024. Jean-François Taburchi, cofondateur du club avec Elio Rossi, l'admet : « Ce n'était pas vraiment un coup de tête, mais presque. » Les deux hommes avaient d'abord envisagé de rejoindre des amis niçois pratiquant déjà la discipline dans l'association de la ville. Puis l'idée de monter leur propre structure à Monaco a pris forme. Trouver un terrain a constitué le premier obstacle, avant qu'une opportunité finisse par se présenter en Principauté. L'association a été officiellement créée en 2025. Depuis, les séances se tiennent chaque jeudi et chaque samedi matin de 8 heures à 10 heures au stade des Moneghetti, à Beausoleil.
Des règles strictes pour un jeu accessible
Le walking football a vu le jour en 2011 à Chesterfield, en Angleterre. Le principe : reconfigurer les règles du football pour les rendre accessibles à ceux qui ne peuvent plus soutenir l'effort physique d'un match classique. La règle est simple : courir est interdit à tout moment du jeu, avec ou sans ballon. « Le but principal, c'est de garder le ballon au maximum au sol, pas plus haut que 90 centimètres », explique Jean-François Taburchi. Trois touches de balle au maximum, pas de tacles, aucun contact physique. Les rencontres se disputent à cinq contre cinq, durent entre 15 et 20 minutes, et se déclinent en trois catégories d'âge : 50-60 ans, 60-70 ans, et au-delà. Pour marquer, il suffit de tirer avant une zone délimitée située à 5 mètres de la cage. Cette dernière est bien plus petite que dans le football traditionnel avec une hauteur entre 0,6 et 1,5 mètre.
Le défi de ne pas courir
La vraie difficulté reste de réprimer le réflexe de course. « Il faut que les deux talons restent bien au sol en permanence. Si vous regardez, peu le font vraiment correctement, mais c'est très compliqué », reconnaît André, 59 ans, l'un des membres. Jean-François Taburchi observe le même phénomène à chaque séance : « Il y en a deux ou trois qui n'arrêtent pas de partir en courant. C'est le réflexe, c'est humain, surtout au départ. Après, nous sommes entre nous, le but est de s'amuser. C'est pour ça qu'on adapte un peu les règles. »
Bénéfices physiques et moraux
L'association regroupe aujourd'hui trente membres cotisants, pour une adhésion de 80 euros par an. La majorité d'entre eux a un passé footballistique, souvent ancré dans plusieurs décennies de pratique. Trois femmes ont rejoint le club, le walking foot étant complètement mixte. Pour Franck, 66 ans, membre depuis deux ans, le walking foot a aussi permis des retrouvailles inattendues. « Nous retrouvons des gens avec qui nous avons joué plus jeune et que nous avions perdus de vue pendant trente ans. J'attends chaque entraînement avec impatience, comme un gamin. »
Les bénéfices sanitaires sont régulièrement soulignés lors des visites médicales. « C'est très bon pour le cœur, très bon pour la marche. Et pour le moral, surtout », comme le rappelle Jean-François Taburchi. Lui-même approche des 80 ans : « Nous nous retrouvons sur un terrain et nous croyons toujours avoir 20 ans. »
Tournois et convivialité
Le club participe à plusieurs tournois par saison, disputés sur deux ou trois jours, qui l'ont conduit jusqu'à Montpellier ou Saint-Étienne. Un nouveau rendez-vous est prévu le 30 mai, avec des clubs de Nice et de la région. Aucun trophée n'est distribué, un choix délibéré. « S'il y avait quelque chose à gagner, certains ne comprendraient plus rien. Nous sommes là pour nous éclater », se réjouit Jean-François Taburchi. Pour ceux qui s'engagent vraiment, la promesse reste simple : deux rendez-vous par semaine, des jambes qui fatiguent, et l'impression de ne jamais avoir vraiment arrêté de jouer.



