Ugo Pacome, l'arrière rochelais qui retrouve sa lumière après une période d'ombre
Le jeune homme de 20 ans s'était refermé sur lui-même après avoir disparu des feuilles de match. Invité par le staff à renouer avec sa spontanéité, l'arrière aux multiples hobbies s'épanouit de nouveau dans son rugby. On ne sait pas si Ugo Pacome a lu Montesquieu, mais le philosophe du XVIIIe siècle a parfaitement cerné l'arrière rochelais quand il a écrit « on dit que l'homme est un animal sociable. Sur ce pied-là, il me paraît qu'un Français est plus homme qu'un autre […] car il semble être fait uniquement pour la société. »
Une personnalité volubile et alerte
La définition de ce jeune homme de 20 ans, volubile et l'œil alerte, ce dont ont toujours témoigné ses bulletins scolaires. « C'était ''bonne note'' mais très bavard. J'étais séparé de tous mes copains, à l'autre bout de la classe, mais j'arrivais quand même à parler, s'esclaffe-t-il. Les bonnes notes, c'est grâce à ma mère, qui m'a tout le temps suivi. 15, c'était une mauvaise note pour elle – je parle pour le CM2, pas pour le bac (rires). »
Le besoin de se libérer sur le terrain
Pour l'instant, Marcel-Deflandre n'a pas eu trop l'occasion de le voir s'exprimer. Avec 8 titularisations en 9 matchs (dont 4 à domicile), l'ancien Columérin et international U20 peut mieux faire. « C'est un garçon adorable, qui a besoin de sentir la confiance. J'étais un peu exigeant avec lui mais il a besoin de quelques matchs de plus pour montrer le vrai Ugo, évaluait Ronan O'Gara en mars. Je suis content de son attitude, son investissement ; il a besoin d'une action pour se libérer. »
« C'est un garçon de 20 ans. J'ai essayé de lui expliquer que quand j'avais 20 ans, j'étais nul », confie son manager. « Il est trop négatif quand il fait une faute – ça, c'est mon boulot, pas le sien –, mais c'est un garçon de 20 ans. J'ai essayé de lui expliquer que quand j'avais 20 ans, j'étais nul. ''Calme-toi, relâche.'' Il a beaucoup de capacités : un pied gauche, très rapide, courageux, capable de voir l'espace. Il a un grand avenir mais c'est trop général de parler comme ça. Il a juste besoin de bien commencer le match. S'il fait des fautes, oubliez, on s'en fout. »
L'intégration du message et la renaissance
L'intéressé ne s'en fiche pas et a pris le temps d'intégrer le message. Solaire à son arrivée l'été 2025, il avait vite mis de côté sa frustration de ne pas avoir joué le Mondial U20 – « j'étais dégoûté » – tant il était heureux de prendre ses marques en jaune et noir : « C'était un mal pour un très, très bien. Pour le premier match, j'étais pratiquement pote avec toute l'équipe, j'étais trop bien. J'ai découvert la ville, parlé avec les coaches. »
Sauf qu'après 4 matchs en 5 journées, il sort des feuilles. « Je savais que ça allait être compliqué, après une saison à 26 matchs en Pro D2. C'était un peu dur à encaisser. C'est comme passer de la 3e au lycée : tu étais le grand, tu es le plus petit, tu n'es plus personne. Je me suis un peu refermé. » On en revient aux conseils de « ROG » : « J'étais sorti de ma personnalité, moins taquin. Dans les entretiens, ils m'ont dit ''on veut ce Ugo-là''. C'est vite revenu. Malheureusement, je me suis blessé mais depuis ce jour, je suis moi-même. »
Une personnalité décalée et coquine
Ses partenaires apprécient, à l'image de Paul Boudehent, qui évoquait une personnalité décalée en début de saison. « Mon humour est assez décalé, moi je suis détendu, sourit Ugo Pacome. Je n'aime pas du tout me prendre la tête, j'ai besoin de cette liberté, de rigoler, bien m'entendre avec tout le monde. Je suis un peu coquin, quoi, 2e, voire 3e degré. Jouer des personnages, j'adore ça. Et ils sont tous comme moi. Paul, c'est le premier à être 3e ou 4e degré… »
Cela ne l'empêche pas, désormais, de savoir aussi réagir au 1er degré quand son nom n'est pas coché. « Au début, j'étais en mode ''qu'est-ce que je dois faire ?'' Maintenant, ça me met en colère. Un jour, après l'annonce de l'équipe, ''ROG'' me fait ''Tu es énervé ?'' ''Oui, mais ce n'est pas grave, tu vas voir'', et j'ai fait un de mes meilleurs entraînements, raconte le natif de Toulouse. J'ai pris du muscle, de la vitesse, du plaisir. Colomiers est très formateur mais là, j'ai progressé sur les petits trucs en plus, les jours off, la récup, le sommeil, etc. Je commence à régler tout ça, je ne suis pas parfait mais mes entraînements sont deux fois meilleurs. »
Des hobbies variés et une vie de groupe essentielle
Cela tient aussi aux à-côtés. Des études avec le Cipecma de Châtelaillon, pour pouvoir intégrer une école de commerce. Ce qui n'étonne personne. « Je le savais, même mes parents (rires). Avant, ils me voyaient agent immobilier, parce que j'aimais bien vendre les choses. Dans les jeux de société, à la maison, je retournais la tête de tout le monde. Je pense que je pourrais être bon », s'amuse celui qui finit souvent les parties de « Loups-garous de Thiercelieux » parmi les vainqueurs.
Il a « d'autres hobbies ». « J'adore tous les autres sports, jouer au padel hors saison, partir en vacances. À la maison, je joue de la guitare – « je suis trop content quand on chante tous ensemble à la fin des repas » –, j'écris beaucoup de textes, des poésies, j'essaie de me remettre à lire, je me suis mis aux Lego, j'adore boire des cafés avec des copains, liste l'arrière. Il faut que je sois animé par beaucoup de choses, c'est ce qui fait qui je suis. »
Mais le rugby reste sa passion. Il est le seul que l'on voit régulièrement assister à l'entraînement du capitaine, la veille des matchs, sans être dans le groupe : « J'ai envie d'être avec mes potes. Il faut que je sois tout le temps là. Blessé, j'ai fait toutes les réunions. Je veux être dans le truc, savoir ce qui se passe ou pas, voir ce qui manquait si la mise en place n'a pas été bonne. Je veux toujours être dans le mouvement, être dans la vie de groupe et ne pas me sentir exclu. C'est important pour moi. » Et difficile à envisager, au regard du bonhomme.



